• Trois mois

    Trois mois

    Ça fait 3 mois que je n’ai rien écrit, rien publié. Rien. Inspiration en rade. Le cerveau communique au ralenti  avec le reste du corps qui semble attendre quelque chose avant d'exécuter un ordre, par exemple décider de se lever de sa chaise, et le mettre en application.

    Quant à écrire... Panne sèche ! Chaque matin, quand je consulte sur mon blog les statistiques de la veille, que je vois 92, 95, 97 visiteurs quotidiens, je me dis que ces amis fidèles attendent quelque chose... Mais quoi ? Je ne sais pas quand je serai en mesure de remonter sur le Tatami. Pour quoi y faire, d’ailleurs ?

    Il y a déjà 3 mois... juste après les 2 semaines de stage au Temple sur Lot, que j’ai passées parfois debout sur le Tatami, plus souvent assis au bord du Tatami. On ne peut pas dire que j’étais venu en grande forme faire acte de présence au « summer camp », comme ils l’ont écrit, dédié aux 40 ans de stages d’Aïkibudo au domaine de Lembrun. À peine avais-je mis en ligne un court compte-rendu d’ailleurs plutôt sibyllin...

    Trois mois

    Trois mois

    Retour en Normandie le samedi 27 juillet, 10 heures sur des autoroutes pas trop encombrées. Repos le dimanche, derniers conseils du chirurgien le lundi, accueil à la clinique le mardi matin à 9 h. Derniers contrôles, dernières analyses, premières drogues. Dernière image : le chirurgien coiffé d’une ridicule charlotte verte et qui me dit, le sourire en coin : « À tout à l’heure ! ».

    Trois mois

    Premiers souvenirs : un froufrou de blouses blanches occupées à m’installer douillettement dans le lit, à me brancher à un tas de tuyaux et de fils, à me parler avec douceur, à me préparer un séjour aussi confortable que possible. Toutes plus charmantes les unes que les autres, accourant au moindre appel !

    Drogues ! Interdit d’avoir mal ! Il faut avoir faim, il faut manger, le service est irréprochable ! Je m’infantilise, je n’envisage pas de partir mais il faudra rentrer à la maison le samedi matin...

    Trois mois

    Mon épouse est venue me chercher. Je ne peux pas m’installer sur le siège passager avant, ma jambe est bloquée par la portière  ! Heureusement, je parviens à me glisser sur le siège arrière. Vive le Berlingo qui m’évite de plier la jambe pour m’asseoir ! Je n’aurais jamais pu prendre place dans une berline classique.

    À la maison, il y aura l’épreuve de la marche à l'entrée, du canapé un peu bas, un peu profond, de l’escalier à monter le soir avec les cannes pour aller me coucher et à redescendre le matin.

    Les 4 premières semaines de retour à la maison se sont étirées avec une lenteur désespérante ! « Patience... », disaient-ils, mais il n’y a pas de patience qui tienne quand il faut réapprendre à se déplacer, quand on est devenu dépendant pour la moindre activité quotidienne.

    Il y a dépendance pour tout, pour se laver la tête, pour mettre et ôter les chaussettes de contention, pour se laver les pieds, pour ceci, pour cela, pour tout ce dont on a besoin, à table ou sur le canapé, et qui se trouve à quelques pas de là.

    Lundi, première séance de kiné. Une heure et demie de soins « passifs » et de marche avec les cannes. On lance les 2 cannes en avant en même temps qu’on avance la « grosse jambe », le pied arrière doit maintenant passer devant mais il traîne difficilement jusqu’au talon du pied avant. On recommence, on recommence. Patience. Persévérance. C’est minant, désespérant.

    Mardi, malgré un soleil radieux, je suis chez moi, sur le canapé, ruminant ma misère. On frappe à la porte. Je fais taire Lara qui aboie en sautant de joie. Je crie : « Entrez ! ». La porte s’ouvre, une chevelure blonde s’illumine en contre-jour, un ange apparaît, en tenue estivale. L’infirmière vient changer mon pansement. « La cicatrice est magnifique, plutôt de petite taille, aucun fil apparent ! ». Il y a au moins ça.

    Alternance, un jour sur deux, kiné ou jolie infirmière. Et puis, enfin, ma première sortie dans la rue. Pas bien loin mais je respire, enfin ! Et puis, enfin, ma première douche ! J’ai pu grimper dans la baignoire... depuis le temps que j’envisage de la remplacer par une douche à l’italienne, il serait temps que je le fasse ! Et puis la première nuit au cours de laquelle je parviens à plier la jambe et à me mettre en chien de fusil, finies les nuits interminables, couché sur le dos, sans bouger.

    Ces 2 premières semaines à la maison auront été effroyablement longues ! « Patience ! Patience ! Patience ! ». Je voudrais bien vous y voir !

    Trois mois

    Les journées n’en finissent pas. Je relis toute ma bibliothèque. Un livre par jour. Mais je suis incapable d’écrire un mot. Pas d’inspiration. Pas d’envie. Tout juste si j’allume mon ordinateur pour consulter mes messageries et lire des messages auxquels je ne réponds pas. Abonné absent.

    Et puis, à la fin du mois d’août, j’ai des nouvelles de Mélanie et Stéphanie, et de Normand, le bûcheron québécois qui vient nous rendre visite. Clopin-clopant, je vais passer une soirée chez l’une puis chez l’autre, piètre invité qui peine à rester assis plus d’un quart d’heure. On parle de rentrée, de cours, de publicité. On blague. On rit. Je ronge mon frein !

    Trois mois

    Et puis, début octobre, c’est Kamel qui souhaite rendre visite à son vieux Sensei préféré dont il s’ennuie. « Quand revenez-vous ? », me demande-t-il. « Il faut être patient ! », m’ont intimé Mélanie et Stéphanie. Patience, patience, j’ai compris, on me l’a assez dit.

    L’œdème s’élimine peu à peu et laisse apparaître au bout d’un mois un mollet de la taille d’un manche à balai et quasiment aussi dur, un quadriceps en creux et ce genou gros comme un melon !

    C’est effrayant. C’est long, effroyablement long. « C’est normal, ça ne fait qu’un mois, soyez patient ! », me disent-ils. Je sais qu’ils ont raison, il n’empêche que c’est long.

    Inquiet, je suis allé consulter mon médecin traitant qui est horrifié de me voir marcher si tôt avec une seule canne : « Les gens comme vous... », fulmine-t-il ! « Quoi, les gens comme moi ? Que leur reprochez-vous ? – Les gens comme vous, il faudrait les attacher sur leur chaise ! ».

    Il réussit à m’inquiéter et je ralentis mon rythme de rééducation jusqu’à mon rendez-vous avec le chirurgien, 2 semaines plus tard : « Impeccable, radio parfaite, cicatrice superbe, flexion sans assistance à 110°, ça fera 120 à 125° dans quelques semaines. Débarrassez-vous des chaussettes de contention et n’utilisez les cannes que si ça vous rassure. », me dit-il en me donnant rendez-vous dans 6 mois.

    C’est reparti. Je recommence à conduire et mon épouse en profite pour aller vendanger en Alsace pendant une dizaine de jours. Ça va la détendre et ça va me redonner le plaisir de l’autonomie.

    Mais toujours pas le goût d’écrire. Alain, qui partage ma passion de l’écriture et avec qui j’échange un message dominical depuis la création de l’Internet, me reproche vertement de tarder à lui répondre.

    Toutefois, je réalise la mise en page de quantités de notes que j’ai rédigées en vrac au fil des ans, puis que j’ai classées, compilées, réécrites et complétées avec des photos puisées dans mes archives. J’ai enfin pu ranger sur le bureau de mon PC trois ouvrages de 150 à 200 pages au format PDF. Ils ne seront jamais diffusés mais je suis très satisfait d’être venu à bout de cette tâche.

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    Et toujours, chaque jour qui passe, je consulte les statistiques des visites de mon blog : 92, 95, 97 visiteurs quotidiens et, bien sûr, je me dis que ces amis fidèles attendent quelque chose...

    Trois mois

     

    Voilà pourquoi je n’ai rien rédigé, rien mis en ligne depuis plus de 3 mois. Voilà pourquoi je n’ai publié aucun bilan de cours, aucun essai pédagogique. 

    « Est-ce que ça vous manque, Sensei ? – Mmppfff… »

    Qu’importe, j’ai eu ma minute narcissique. Le cabinet des kinés est très accueillant, les 3 kinés sont aimables, compétents et pédagogues, ils reçoivent des stagiaires qui font leurs premiers essais sur des patients très patients. Comment refuserais-je le droit de masser mon genou à une ravissante jeune fille, étudiante en 1ère année ? Ça ne peut pas faire de mal...

    Nous discutons, elle me demande ce que je fais dans le vie, je luis dis que je bénéficie de ma retraite depuis plus de 20 ans. Elle me regarde, interloquée. « Et oui, je suis un vieux monsieur ! – Mais, quel âge avez-vous ? – J’ai 78 ans, ma chère enfant. – Ce n’est pas possible, je vous en donnerais 30 de moins ! On ne vous l’a jamais dit ? ».

    En fait, après le séjour à la clinique, j’ai commencé à perdre 1 kilo par semaine jusqu’à une limite critique : allais-je devenir transparent ? Heureusement, ça s’est stabilisé, ça a un peu remonté et je me maintiens au poids de mes 25 ans... Je ne fais pas partie des vieux pépères à grosse bedaine. Ça fait peut-être illusion ?

    Trois mois

    En attendant, je mets en application les conseils que je donne toujours à mes élèves : patience et modération. Même à mon âge, on peut encore être pressé et excessif !

    Quant aux principes de notre bel Art Martial, verticalité, décontraction, fluidité et... détermination, ils permettent de s'adapter aux innombrables difficultés d'une rééducation et de progresser lentement mais sûrement.

    Et en ce qui concerne le retour sur le Tatami, je crains fort qu'il ne me faille patienter jusqu'en 2020, les meilleurs résultats n’étant généralement observés qu’au bout de 6 mois. Je m'efforce de me persuader que j'aurai la patience d'attendre ! D’ailleurs, que pourrais-je faire d’autre ?

    « Hé bé ! Reconstruire ces muscles qui ont fondu comme neige au soleil ? - Mmmmm... Bonne idée... »

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    Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    7e dan FIAB 2011
    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

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    Oublie tes peines et pense à aimer

    あなたの悩みを忘れて、愛について考える 

    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

    mort-de-rire

     

     

     

     

     

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