• Te no Michibiki

     

    Le concept de Te no Michibiki : la main-guide

    TnB 1
      Tonique, la main-guide est l’expression de l’énergie intérieure et de la volonté de communiquer avec l’ensemble du corps et avec son partenaire, déterminante, le geste qu’elle imprime implique une technique, poétique, elle trace une calligraphie éphémère qui tend à réaliser l’écriture harmonique des deux êtres qui s’expriment...

    Le concept de Te no Michibiki est spécifique à l’Aïkibudo. Il a été exprimé pour la première fois par not’ bon Maître il y a de nombreuses années mais il n’a jamais été développé d’un point de vue théorique. Notre enseignement est avant tout oral, il part de sensations vécues et non pas de spéculations intellectuelles.
    Littéralement, Te no Michibiki se traduirait par « La main qui montre le chemin ».  Michi est un synonyme de Do, il signifie la Voie, le chemin. Chercher à définir ce concept, c’est à la fois donner un moyen de parvenir à exprimer la sensation qui donne la « forme de corps » et constater cette forme de corps chez le pratiquant de haut niveau.
    Vu de l’extérieur, c’est cette main tonique, parfois confondue avec le Te Katana, la main-sabre, notion que nous n’avons guère intégrée et qui appartient en propre à d’autres écoles où les attaques ne sont pas portées avec notre objectivité. L’index semble désigner le point du tatami où Uke va chuter.
    Intérieurement, c’est la centralisation de toute l’énergie dans la sensation du mouvement, de l’entrée à la projection.
    Pratiquement, c’est le choix, au moment du contrôle d’une tentative de saisie, d’une position de la main qui entraîne une courbure du bras qui conditionne une forme de corps qui permet un déplacement qui justifie une technique...
    Le pratiquant débutant a tendance à « tomber » avec son adversaire, son attitude se désintègre avec la chute de l’autre : pas d’équilibre, pas d’attitude, pas de souvenir de ce qui a été fait. Il n’a pas encore appris à unifier la force concentrée dans son abdomen à celle exprimée par la tonification de ses mains. Pédagogiquement, c’est une image donnée à l’élève pour l’amener à se concentrer sur le rôle de la tension de sa main dans la tonification des muscles de l’avant-bras, ce qui va le guider dans la quête de la sensation.
    L’Aïkibudo est un dialogue entre deux corps dont les messages sont transmis par le canal des mains. Toucher, palper, pincer, saisir, conduire. Utiliser tous les doigts et la paume dans la saisie, mobiliser tous les muscles de l’avant-bras, coordonner leurs mouvements avec ceux du bras, utiliser la force du bassin transmise par l’épaule, unifier l’ensemble du corps, dans le mouvement, avec l’objectif final : le contrôle de Uke par projection ou immobilisation.
    Te No Michibiki... La main guide... Elle guide Uke dans l’espace, le conduit au bout d’une spirale en trois dimensions. Elle semble avoir tracé dans l’espace une calligraphie éphémère. Elle guide Tori dans l’exécution continue d’un mouvement de plus en plus élaboré, de plus en plus senti, de moins en moins intellectualisé.
    Le problème de nos étudiants est de chercher à comprendre, alors qu’il leur suffirait de faire. Pourquoi ceci ? Pourquoi cela ? Manque de confiance, envers soi-même ce qui entrave l’évolution, et parfois envers le Maître, ce qui interdit toute évolution. Pourquoi ceci, pourquoi cela ? Fais, tu verras.
    L’action de Te no Michibiki est très visuelle dans l’exécution de Robuse sur la saisie Ryote Ippo Dori, dans le modèle du Kihon Osae Waza. Ici, c’est le déplacement imposé à Uke sur le tatami qui est décrit par la main de Tori. Un autre exemple tout aussi explicite s’observe dans l’exécution de Tenbin Nage, par exemple, où la main de Tori décrit dans l’espace la courbe que suit le centre de gravité de Uke, de l’entrée de la technique jusqu’à la chute.

    Seule la quête du savoir, le long apprentissage, peut procurer une forme de bonheur.  Quiconque reçoit l’illumination se brûle les ailes, comme un papillon attiré par une chandelle, et reste infirme à jamais. (J.L. Fetjaine)

    En fait, il s’agit plus simplement d’intégrer la verticalité à un mouvement de rotation ayant pour but de guider Uke dans le plan horizontal ou dans le plan vertical.
    Le premier contact avec la notion de Te no Michibiki se fait dès l’étude du Te Hodoki, avec le dégagement sur Jyunte Dori : la saisie statique de Uke est mise en mouvement par Tori qui conduit la ligne de force en fléchissant sa main vers son axe de symétrie tout en accomplissant une rotation du bassin.
    Deux éducatifs sont tout particulièrement appropriés pour développer la sensation de Te no Michibiki : Nigiri Kaeshi pour la sensation du mouvement dans le plan de symétrie du corps, Oshi Kaeshi, pour la tonification de la poussée et la sensation du mouvement dans le plan des épaules, ainsi que tous les Wa No Seishin qui en découlent.
    C’est effectivement par la pratique du Wa No Seishin que Te no Michibiki va peu à peu se mettre en place. La maîtrise en Aïkibudo passe par un long cheminement, de l’apprentissage de sa forme extérieure, esthétique mais « académique », insipide, à une perception intérieure de concentration d’énergie.

    There is a crack in everything, That’s how the light gets in. (Leonard Cohen)*

    TnB 2
    Je propose 3 pistes pédagogiques correspondant à trois étapes d’acquisition de la sensation de Te no Michibiki. La synthèse de ces 3 étapes correspond aux compétences que cherche à développer l’Aïkibudo :

    - perception et préservation de la verticalité

    - centrage de la force de Uke (en analogie avec la tenue du bokken)

    - canalisation de cette force

     Je les ai rédigées sous forme de 3 fiches que je vais mettre en application au cours de ce premier trimestre. 

    Délaisse les grandes routes, prends les sentiers. (Pythagore)

    Fiche pédagogique n° 1

    Savoir utiliser la force (Te Hodoki : mettre un partenaire statique en mouvement)

    Il s’agit d’harmoniser l’emploi de la force et la recherche de la fluidité

    - les aspects techniques de la mise en place d’un Te Hodoki : garde, appuis, intention de Uke

    - les éléments techniques de l’exécution : placement de la force, centrage (neutralisation de l’intention d’attaque), déséquilibre, notion de Te no Michibiki, atémi ou technique adaptée

       TnB 3

    Je ne serai pas modeste. Humble tant qu'on voudra, mais pas modeste. La modestie est la vertu des tièdes. (Jean-Paul Sartre)

    Fiche pédagogique n° 2

    Te no Michibiki : déséquilibre dans le plan sagittal autour de Nigiri Kaeshi

    Il s’agit de savoir placer la force dans l’abdomen pour mobiliser l’adversaire, la main indique la direction de son déplacement…

    - les aspects techniques de la mise en place de Nigiri Kaeshi

    - de Nigiri Kaeshi au Te Hodoki

    - les techniques "symétriques" (ex : Yuki Chigae et Shiho Nage)

    - les Wa No Seishin

    - du Wa No Seishin au Koshi Nage

      TnB 4

    N'est-ce pas la plus noble, la plus gratuite des activités que celle d'écrire pour ne pas être lu ou de parler en sachant que personne ne nous écoute ? (Jean Dion)

    Fiche pédagogique n° 3

    Te no Michibiki : déséquilibre dans le plan scapulaire autour de Oshi Kaeshi

    Il s’agit de savoir contrôler les membres supérieurs et les épaules pour déséquilibrer l’adversaire

    - les aspects techniques de la mise en place de Oshi Kaeshi

    - les aspects techniques de Ryote Dori Wa No Seishin (mains « au-dessus » : repousser sans saisir, mains « au-dessous » : entraîner en saisissant

    - de la technique de base à la technique élaborée, suite de techniques : le Kaeshi Waza

    - rôle de Tori (Uke faible) : Kaeshi Waza en enchaînement

    - rôle de Uke (Tori faible) : Kaeshi Waza en renversement

     

    La modestie va bien aux grands hommes. C'est de n'être rien et d'être quand même modeste qui est difficile. (Jules Renard)

    Conclusion

     

    TnB 5
    En ces temps anciens, j’avais apporté ma modeste contribution à la notion de Te no Michibiki en recherchant des éducatifs aux sensations très physiques mais je ne m’étais pas penché sur une éventuelle expression écrite.
    J’aime bien décrire des sensations, des émotions mais le texte technique m’est un très difficile exercice de style. J’avais cependant dû m’y frotter à la demande de not’ bon Maître pour la Lettre du Cera. Je m’en étais sorti en décrivant... des sensations. C’est ce texte originel, auquel j’ai ajouté quelques pistes pédagogiques, que j’ai repris ci-dessus.
    Un correcteur y avait inséré un commentaire disant que vous pouviez vivre les sensations de Te no Michibiki  bien évidemment in situ auprès de not’ bon Maître mais aussi, « pourquoi pas, lors d’un passage dans (ma) verte Normandie, à l’occasion d’un de (mes) cours au dojo de Saint Léger du Bourg Denis ». Ceux qui y étaient passés au cours des années 80 / 90 avaient trouvé l’accueil très chaleureux...
    Le club se prépare à fêter son trentième anniversaire cette année.

    *Il y a une fissure dans toute chose, c’est ainsi qu’entre la lumière. (Léonard Cohen)

     

     

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