• Quelques notes (28)

     

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    2 juin 1984. Patrick provoqua l'assemblée générale de la Ligue et annonça sa démission du poste de Président. L’Aïkido ne jouait pas le jeu, ses représentants refusaient de prendre des responsabilités. Ils avaient prévu un stage à Rouen avec Christian Tissier et considéraient que c'était à Patrick de l'organiser, de prévoir salle, tatami, hébergements... Alors, il préféra démissionner et les laisser se dépatouiller.
    La réunion eut lieu au Centre Socio-Culturel de Saint-Léger-du-Bourg-Denis. Étaient là les représentants des six clubs de l’Aïkibudo et de quatre clubs d’Aïkido. J'étais présent en tant qu'observateur. Les gens de l'Eure, de l’Aïkido, étaient bien ennuyés. C'était commode quand ceux de l’Aïkibudo faisaient tout le travail ! Ça marchait si bien ! Pourquoi changer ?
    Patrick était inflexible, adieu la Fédération, bonjour le Ryu... Une dame de Vernon, qui ne pratiquait pas, fut sollicitée. Elle refusa avec des cris de vierge effarouchée et un très fort accent bordelais.
    Comme d'habitude, nous n'avions pas préparé notre réunion. Au dernier moment, Alain Gallais voulut bien se présenter à la présidence, auquel cas Jacques Hébert acceptait de prendre la trésorerie... Ça marche ? Non, il faut voter, et pour qu'il y ait vote, autant qu'il y ait deux candidats, madame Valade, la dame de Vernon et Alain Gallais. Et on vote à bulletin secret.
    Dépouillement. Surprise. Valade, six voix. Gallais, quatre voix ! Avec la majorité, on perd la présidence ! Que s'est-il passé ?
    Tout simplement, Jean-Sébastien dormait, alors il a voté pour l’Aïkido, puisqu'avant la réunion, on avait dit qu'on le laisserait se dépatouiller avec ses problèmes. Et Martine, et bien elle n'a rien compris à tout ça et a voté pour l’Aïkido, puisque c'est ce qui avait été décidé au départ...
    L’Aïkido prenait la présidence de la Ligue. Quinze années de travail venaient d'être balayées par deux crétins. Et faut-il préciser qu'il n'y eut tout de même pas de stage de Christian Tissier à Rouen ?
    À la fin du mois, Jacques Hébert s'en fut gagner son 3ème dan à Paris.
    Je passai deux semaines au Temple-sur-Lot. Le maître Sugino dirigeait le stage de Kobudo assisté de la jeune Eri et de son disciple préféré Daniel Dubreuil.
    J'étais arrivé le samedi après-midi. J'allai à la rencontre d'Alain Floquet. Il me présenta le Sensei qui me tendit sa carte de visite. Je pensai que j'aurais dû m'en faire imprimer !

    Quelques notes (28)

     J'avais quelque peu négligé le Kobudo en cours d'année et j'entrepris de le retravailler sérieusement avec Monmon Royo. Nous commençâmes le dimanche, jour de relâche, entre deux haies, à l'abri des curieux. Dès que les premiers cliquetis retentirent, le vieux maître repéra l'origine des bruits et nous rejoignit. Nous eûmes droit à un cours particulier pendant une heure.
    Quel personnage ! Quelle vitalité ! Quel don de soi ! Partout à la fois, voyant tout ! Il me fit aimer le Kobudo ! Il travaillait avec le plus de monde possible, repérait ceux qui « allaient » bien, puis les envoyait faire les moniteurs avec les débutants. Il en gardait quelques-uns dont il s'occupait spécialement. Je fus de ceux-là.
    Je me rappelle une sensation curieuse. Il était là, devant moi. Petit, chétif, au bout de mon sabre. Et je me demandai si je pouvais le toucher. Je raccourcis insensiblement ma distance, il la rectifia. J'allongeai les bras en frappant au front, il n'était plus là. Un lutin, un feu follet. Intouchable. Il ne se déplaçait pas vite, seulement au moment exact où il le fallait... sauf le jour où il entreprit de rectifier Monmon.

    Quelques notes (28)

    Monmon ! Toujours pressé, frappant comme une « bom'be » ! Le petit Sensei entreprit donc de corriger le petit Tarbais.

    •  « Qu'est-ce qu'il dit ? André, qu'est-ce qu'il dit ? Tu comprends le japonais ?
      - Il dit que tu vas trop vite...
      - Déconne pas ! Dis-moi ce qu'il dit, je ne comprends pas ! Éric, toi, tu comprends le japonais, tu reviens du Japon ! Qu'est-ce qu'il dit ?
      - Je ne sais pas, je ne comprends pas un mot de japonais.
      - Vous déconnez... Ah, j'ai compris, il veut que je le frappe ! »...

    Et Monmon assène un superbe Maki Uchi Men sur la tête du Sensei complètement éberlué... et furieux. Pas besoin de traduire le flot de paroles qu'il déversa sur Monmon qui avait du mal à analyser la situation. Quand le vieux maître le revit, deux années plus tard, il se frotta la tête en éclatant de rire.
    [...]
    Le Sensei était partout où quelqu'un avait mal, dispensant sans compter les massages dans lesquels il est expert. Quelle leçon !
    Il ne fallait pas pour autant négliger les cours d’Aïkibudo. Je pris la mauvaise habitude de traînailler le matin et d'inviter le maître à boire le café à sept heures. Ça nous faisait gagner quelques minutes... Mais je reprenais mon rôle au sérieux au deuxième cours. Alain m'avait tout particulièrement confié quelques élèves au cours des kyu, dont la timide Corinne. Lui ai-je laissé un bon souvenir ?

    À suivre

    80 balais... âge canonique

    Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    7e dan FIAB 2011
    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

    80 balais... âge canonique

     

     

     

    Oublie tes peines et pense à aimer
    あなたの悩みを忘れて、愛について考える
    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

    80 balais... âge canonique

    mort-de-rire

     

     

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