• Quelques notes (25)

     

     

    SAISONS 1981 /82 /83 / 84 : LES FOLLES ANNÉES

     
    Quelques notes (25)

    Ce furent les folles années, que je passai à me situer, à me chercher, à douter, à espérer, me débattant dans mes désarrois et mes certitudes, dispensant sans compter et sans complaisance, avec toute mon amitié et toute ma rigidité, mon savoir, mes concepts à tous ceux en qui je croyais.
    Le cours du samedi était mon espoir, mon fétiche. Celui où je donnais tout et où je me régénérais. Intense alchimie de l'âme. Ceux que je n'avais pas formés depuis leurs débuts, qui n'étaient venus à moi qu'après le passage du 1er dan, devenaient mes élèves, mon prolongement, ma famille spirituelle.
    Parmi les nouveaux adeptes de l'époque, le très controversé Sylvain L. Incapable de nuance, il copiait Alain Floquet jusque dans ses moindres défauts. Brutal, prétentieux, il me déplaisait et je lui flanquais raclée sur raclée. Il ne bronchait jamais et appréciait plutôt de me servir de Uke.
    Ces cours du samedi allaient jusqu'à l'épuisement. Et plus le rythme était dur, plus les élèves s'accrochaient. Je n'ai jamais triché. J'ai toujours fait ce que je demandais à mes élèves de faire. J'ai commencé à prendre quelques distances quand j'ai senti qu'ils étaient prêts.
    Beaucoup commençaient à bien posséder le style Katori Shinto Ryu et j'agrémentais les cours de quelques assauts de Kendo, puis les remplaçai par quelques techniques d’Aïkido qui devenait de plus en plus Aïkibudo.
    20 mars 1982. La première fête du CERA, qui devait se dérouler à la MJC de Grigny. Je n'eus pas la possibilité d'y participer.
    Juin 1982, les grands maîtres de l'IMAF viennent à Paris. Un grand cycle de stages est organisé à l'Université de Jussieux.
    Le 16, nous allâmes, à la demande d'Alain Floquet, suivre le stage de Kobudo, munis de tout notre arsenal. Plus de cinq cents stagiaires étaient répartis dans quatre grandes salles, où l'on pouvait choisir Judo, Karaté, Aïkido Yoseikan et Kobudo. Nous étions près d'une centaine dans cette dernière salle.
    Alain Floquet était accompagné d'un petit vieillard en Kimono et Hakama de cérémonie, véritable caricature des maîtres d'antan avec sa longue barbichette. Il nous demanda de commencer à travailler, de faire ce que nous savions. Alors certains firent des Suburi, d'autres le Gen Ryu no Kata. Avec Sylvain L., je décidai de répéter Itsutsu No Kata.
    Le petit barbichu, les doigts dans la barbichette, regardait tout ce monde et grommelait, et une jeune Japonaise traduisait à Alain, qui parle le japonais, mais pas trop bien... Et puis, il nous voit, Sylvain et moi.
    Il s'extasie d'un « Oh ! Itsutsu ! Oh ! », et puis nous déverse un tas de mots que je ne comprends pas. Et il parle, et il nous explique, et il nous reprend, et nous ne comprenons rien, mais il bondit comme un cabri, il est ravi, il est heureux. Il n'a jamais vu autant de monde à un cours. Ni de si beaux équipements ! Et certains connaissent Itsutsu ! Pas très bien, mais il va le corriger...
    Qui prend-il comme partenaire pour sa démonstration ? Alain Roinel ! L'immonde Roinel fit tant et tant le clown que le vieux maître se tordait de rire.
    C'est ainsi que nous fîmes connaissance de Sensei Sugino Yoshio. Il avait eu un vibrant coup de foudre pour la France et tenait à revenir assurer des stages. Il tint sa promesse et compta vivre longtemps pour revenir souvent.

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    Je ne passai qu'une semaine au Temple-sur-Lot. Quelque chose avait été cassé dans l'organisation. Aucune place n'avait été réservée, le camping était honteusement surpeuplé et l'eau manqua.
    Alain Floquet était accompagné de Takayuki Watanabe, un jeune 3ème dan, élève de maître Tanaka, et qui venait passer un an en France. Il ne parlait aucun mot de français, et très peu d'anglais. Mais il avait soif d'apprendre et ne se déplaçait jamais sans le petit calepin où il notait les mots nouveaux.
    Il traduisit nos noms en japonais et j'appris que Tellier, ça pouvait signifier « un tableau représentant le soleil couchant ». Que peut-on rêver de plus occidental ? *
    Superbe athlète longiligne, Takayuki nous surprit plus d'une fois par ses aptitudes physiques. Ainsi, un jour entendit-on des appels venant de la piscine. Un enfant était en difficulté. D'un bond, Takayuki plongea du tatami par-dessus la clôture qui nous séparait du bassin et récupéra l'enfant. Quel ressort !
    Nous avions été chargés de l'accueillir, région par région, en organisant des stages d'une semaine. Ce sont les frères Lemercier qui l'hébergèrent en Normandie et l'initièrent aux délices de l'œnophilie et de la fine cuisine. Lui, il nous transmit ses connaissances du Shisei, l'Attitude Juste pour un élève du Shiseikan. Un peu de Suwari Waza, beaucoup de Kobudo du style Kashima Shin Ryu. Et des progrès en français.
    C'était un « petit » jeune homme vraiment très bien élevé qui vécut un moment d'affolement, à la première minute du premier stage normand, quand il comprit qu'il ne serait pas mon assistant mais le chargé des cours.

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    * J’ai perdu les Kanji tracés par Takayuki. Je l’ai regretté. Et puis j’ai tenté de les retrouver à l’aide de mon dictionnaire et de l’Internet. J’ai fini par trouver « teli » 照り (lumière du soleil) et « e » (tableau). 照り絵 se traduit donc par « tableau représentant la lumière du soleil » selon Takayuki et « image brillante » selon le traducteur de Google.

        

    À suivre

    80 balais... âge canonique

    Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    7e dan FIAB 2011
    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

    80 balais... âge canonique

     

     

     

    Oublie tes peines et pense à aimer
    あなたの悩みを忘れて、愛について考える
    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

    80 balais... âge canonique

    mort-de-rire

     

     

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