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    Quand je crois à quelque chose, je me bats de toutes mes forces pour le défendre. (Steve McQueen)

    Après un printemps estival, c’est le retour d’un avril hivernal. En avril, ne te découvre pas d’un fil... il aurait fallu le dire à la végétation qui s’est largement dénudée sous les 24° de la semaine passée et qui subit soudain des gelées blanches et des températures négatives. Les jeunes grappes de fleurs de la glycine sont pantelantes et le kiwi, si fier de ses feuilles dodues, fait grise mine, je crains qu’il ne s’en remette pas.
    C’est pourtant sous un ciel limpide que je prends la route du Dojo. Pas un chat sur le parking, pas de cours de gym féminine pendant les vacances. De ce fait, la porte est fermée et Kamel fait le pied de grue devant la rivière où des couples de canards font le va-et-vient.

    Le secret du bonheur en amour, ce n'est pas d'être aveugle mais de savoir fermer les yeux quand il le faut. (Simone Signoret)

    Il apparaît qu’entre les blessures et les départs en vacances, ils ne seront que 4 venus s’abreuver à la source de ma bonne parole. Oui, je me verrais bien en grand sourcier à la longue barbe blanche, ma modestie dût-elle en pâtir. Hélas, j’ai vainement tenté de faire pousser ma pilosité faciale mais c’est sans espoir, on ne me criera jamais : « Malheur aux barbus ! », je ne serai qu’un Sensei imberbe, ce qui ressemble à un oxymore.

    Nous sommes les lieux où nous avons été, ils font partie de nous. (Jim Harrison)

    Guillaume étant le seul Yudansha présent, c’est à lui que revient la lourde tâche de diriger l’échauffement. J’interviens au niveau de la série d’Ukemi, je tiens à une réception fluide de sorte que le brise-chute donne l’impulsion pour se relever. La décontraction est recherchée avec la « chute dans la poubelle » qui n’est possible que lorsqu’on parvient à chuter sans river son regard au Tatami.
    Le cours proprement dit va porter sur diverses formes d’utilisation des mains sur une attaque en Ryote Dori. Les sensations de poussée ont été abordées avec Oshi Kaeshi.

    Chacun de nous a son passé renfermé en lui comme les pages d'un vieux livre qu'il connaît par cœur, mais dont ses amis pourront seulement lire le titre. (Virginia Woolf)

    Premier exercice : Tori laisse saisir sa main avant en la maintenant paume dirigée vers le sol. Nous avons déjà vu l’inconvénient majeur de cette forme : Uke peut relâcher sa saisie. Pour éviter cet inconvénient, le tempo doit être précis. Tori agit en Machi no Sen. Il doit canaliser la saisie de Uke quand il sent les doigts se poser sur son poignet et reculer au moment où Uke va poser son pied. À ce moment précis, Uke se trouve entraîné en déséquilibre avant. Tori pose le genou au sol et pousse avec la main extérieure. Cette poussée doit s’effectuer sans ramener le coude de Uke vers l’avant : la main pousse le coude, le coude pousse l’épaule extérieure, l’épaule extérieure pousse l’épaule intérieure... toute une chaîne d’interactions à percevoir.

    Dans un premier temps, Guillaume hésite, on note qu’il n’est pas sûr de la position de ses mains. La difficulté de ce type d’exercice est la tentation de se référer à un mouvement connu. Il faudrait aborder chaque cours comme si on avait tout oublié.

    On voit qu’au second passage, Guillaume s’est libéré de ses automatismes. Un des buts de la pratique de notre Art est de se défaire de ses réflexes, souvent hors propos ou provoquant un affrontement, pour laisser émerger nos facultés d’adaptation.

    Réaliser dans l’âge d’homme les rêves de la jeunesse, c’est ainsi qu’un poète a défini le bonheur. (Léon Blum)

    Second exercice : les mains se positionnent comme dans Oshi Kaeshi. Je montre que la poussée se fait avec le tranchant de la main dans le creux du pouce de Uke. De façon statique, ça ne produit évidemment aucun effet mais si la canalisation est effective, la projection est obtenue sans possibilité de réaction de Uke. Je le fais sentir à mes élèves à leur grand étonnement.

    La démonstration de Guillaume serait réussie s’il n’exécutait pas un drôle de sursaut, un embryon de O Irimi qui n’a pas lieu d’être en sensation Machi no Sen. Je ne l’aurais pas remarqué sans la vidéo

    La vie me semble trop courte pour la passer à entretenir des ressentiments ou ressasser des griefs. (Charlotte Brontë)

    Troisième exercice : Tori canalise Uke en le saisissant par-dessous, main en supination. Cette saisie ne permet pas la projection directe mais permet de renvoyer Uke sur son arrière. La difficulté repose sur le fait que le bras doit rester dans la ligne des épaules. Si le coude passe devant, Uke peut réagir en Kaeshi Waza.

    Au premier essai, Guillaume est totalement perturbé et contemple ses mains avec étonnement comme s’il se demandait pourquoi elles font tout autre chose que ce qu’il attend d’elles.

    Second essai, après une première hésitation, il se décide à se placer en Migi Kamae comme je le recommande toujours pour commencer un exercice et c’est réussi.

    Le pouvoir de penser ne confère pas la raison. (Régine Deforges)

    Quatrième exercice : suite à l’exercice précédent, Tori entre en O Irimi et tourne son bassin de façon à poser le genou au sol.

    Ce n’est pas mal mais c’est un peu « carré », le passage devant Uke est parasité par un recul inutile du pied arrière. Guillaume ne laisse pas aller...

    Ce n’est pas mal mais il y a toujours cette hésitation au passage devant Uke. Mais je suis évidemment beaucoup plus exigeant pour Guillaume que pour les autres élèves.

    L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l’amour le peut. (Martin Luther King)

    Dernier exercice demandant une grande amplitude dans la rotation du bassin pour faire passer Uke derrière son dos sans lui offrir l’opportunité de contrer.

    C’est bien même si le travail est encore placé au niveau des épaules ce qui provoque une perte de la verticalité et exige un effort physique plus important pour contrôler le mouvement.

    Quand ce peuple pourra penser et rêver on lui donnera l’art qui fait penser et rêver. (Gustave Moreau)

    Le cours s’est déroulé sous une forme Randori rendue possible et préférable à cause du petit nombre d’élèves. L’intérêt est qu’il n’y a pas de temps mort, il y a plus de temps de pratique que dans un traditionnel entraînement 2 par 2 où on peut être tenté de prendre son temps. Ici, il faut être dans le rythme et la sueur coulait abondamment à la fin du cours.
    Autre avantage, le professeur observe ses élèves en action sans en perdre de vue en passant de groupe en groupe. Inconvénient, les élèves se sentent constamment observés, pas question de prendre son temps pour récupérer son souffle ni de laisser aller à un petit coup d’à peu près.
    Finalement, chaque passage a pu être commenté, chaque erreur a été rectifiée sur le champ et j’ai pu ainsi placer des temps de récupération.

    Il y a deux sortes de temps : y a le temps qui attend et le temps qui espère. (Jacques Brel)

    Les 10 dernières minutes sont consacrées à l’indispensable Randori. Comme les élèves ont été sous pression pendant toute la durée du cours, je leur offre un moment de délassement en leur proposant un Randori « libre », c'est-à-dire sans consigne particulière.

     

     Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    7e dan FIAB 2011

    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

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    Oublie tes peines et pense à aimer

    あなたの悩みを忘れて、愛について考える 

    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

    mort-de-rire

     

     





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