• Lembrun 1979 : la voiture dans le Lot

     
    ...

    Du 23 au 28 juillet 1979, nous inaugurâmes le Centre d'Arts Martiaux du Temple-sur-Lot. Nous étions une centaine de campeurs répartis dans une plantation de pruniers, au bord du Lot. Le maître des lieux, Gilbert Bilas, était très affable, très serviable et s'efforçait de nous rendre la vie facile.
    J'installai ma caravane pliante Rapido toute neuve et la « boîte » était enfin fermée quand on frappa à la fenêtre : « Oh ! Tellierino ! »... Notre ami Celotti venait d'arriver. Puis ce furent Monmon, Alain Roinel et une foule d'autres compères. Alain Floquet était hébergé dans le bâtiment central, un ancien relais des Templiers. Cent stagiaires, c'était une heureuse surprise, surtout pour Gilbert Bilas qui n'en attendait pas tant pour l'inauguration.
    ***

    Lembrun 1979 : la voiture dans le Lot

    Idée saugrenue de notre maître, il fixa un cours de sept heures à huit heures trente. Les Conseillers Techniques Nationaux, Alain Roinel, Edmond Royo et André Tellier, les jeunes disciples talentueux Daniel Dubreuil et Lionel Lefranc, s'en vinrent en délégation prier le maître de réfléchir, ces cours si matinaux n'étaient-ils pas dangereux pour les débutants ? « Soit, trancha le maître, ils seront réservés aux ceintures noires ! »
    Ces cours matinaux, dans la froidure humide du Sud-Ouest, eurent des effets dévastateurs et mirent définitivement à mal ma colonne vertébrale. Nous allâmes, le maître et moi, consulter un vieux curé qui diagnostiquait à l'aide d'un pendule. Il nous fit asseoir chacun notre tour en face de lui et, sans poser de questions, se mit en contact avec notre fluide. Il m'annonça ce que je savais déjà, que la moitié de mes vertèbres était déplacée et me conseilla de voir un bon rebouteux. Quant à Alain, il lui recommanda, s'il y croyait, de faire dire une messe, c'était la seule solution pour lui !
    Monmon a une exigence : il tient à manger à l'heure. Pour lui, c'est sacré. En vacances, tant pour Alain Roinel que pour moi, il n'y a plus d'heure. Et Monmon était tiraillé par son envie de nous accompagner dans nos sottises coutumières, et la nécessité de manger à l'heure. Ainsi, le soir, au moment où les couples se disposent à se mettre à table, nous allions, un verre vide à la main, pleurer de tente en caravane sur le triste sort qui nous avait privé de pastaga *. Et Monmon avait envie de venir avec nous, mais l'heure...
    Or, un stagiaire eut l'idée saugrenue de garer sa voiture sur une rampe en ciment au bord du Lot. Et de ne pas serrer le frein à main. Et de laisser le levier de vitesse au point mort.
    Et ce qui devait arriver arriva, la voiture glissa lentement sur la rampe, flotta quelques secondes sur l'eau, emportée par son erre jusqu'au milieu du Lot et gloup ! gloup ! gloup ! disparut dans les flots.

    Lembrun 1979 : la voiture dans le Lot

    À dix-huit heures quarante-cinq, un antique camion Renault rouge arriva près du Lot en faisant pin-pon. En sortirent deux pompiers harnachés de cuir noir, de casques rutilants et portant une robuste hache... puis un homme-grenouille, poignard au mollet... Il endossa les bouteilles d'air comprimé, disparut dans les flots. Les deux autres mirent à l'eau une barque munie d'un treuil. L'homme-grenouille fixa le câble quelque part au fond de l'eau et l'on treuilla. Et la barque pencha, faillit chavirer. On renonça. Que faire ? Il était dix-neuf heures. L'heure de manger. Monmon s'inquiétait. Seul à table, il voyait la foule au bord du Lot.

     Lembrun 1979 : la voiture dans le Lot Lembrun 1979 : la voiture dans le Lot

    Lembrun 1979 : la voiture dans le Lot

    Arriva une Jeep munie d'un treuil. L'homme-grenouille attacha le nouveau câble et l'on treuilla. « Ça marche ! », fit l'homme-grenouille en levant le pouce. Mais, soudain, la Jeep commença à déraper vers le Lot. Un tronc d'arbre coulé entravait la marche de la voiture ! Elle était là, tout près !

    Lembrun 1979 : la voiture dans le Lot

    Une pelleteuse était garée non loin de là. On la fit venir. L'homme à la pelleteuse abaissa quatre solides vérins pour fixer sa machine, puis plongea la pelle dans l'eau. Ça vient, elle monte ! Et puis, renversement de situation, deux vérins se soulevèrent, la pelleteuse basculait vers le Lot. Le préposé au pelletage lâcha tout. Mais la voiture avait franchi le tronc d'arbre. Il était possible d'utiliser de nouveau la Jeep. Malheur, les batteries étaient à plat.

    Lembrun 1979 : la voiture dans le Lot

    La foule était hilare. Monmon avait faim. Il allait et venait de sa table au bord du Lot, sans comprendre ce qui se passait.
    Enfin, on fixa le câble de la Jeep à la voiture naufragée, on fixa un câble de la Jeep au camion, on mit le camion en route. Le camion tira la Jeep, la Jeep tira l'épave qui revint sur la berge.
    La foule applaudit. Monmon soupira. Il allait pouvoir manger **.

    Ensuite, nous avons fait une collecte pour venir en aide au pauvre garçon qui avait perdu sa voiture. Nous avons récolté 700 F que nous lui avons remis, le double de ce que lui avait vraiment coûté sa poubelle. Il est parti à la fin de la semaine sans dire au revoir ni merci... L'année suivante, M. Bilas m'apprit que le gaillard l'avait laissé se débrouiller avec son épave qu'il avait omis d'assurer. Il a quand même eu la prudence de ne jamais remettre les pieds sur un Tatami !

    Je dois préciser que je n'ai aucune photo souvenir de cet événement. Celles qui illustrent l'article ont été piochées sur la toile et sont aussi proches que possible de la réalité.

    J'aurais peut-être dû attendre 2 ans avant de publier cet article, pour les 40 ans du stage de Lembrun... Attendre 2 ans, c'est vite dit mais que sera mon monde dans 2 ans ?

    * En fait de pastaga, nous buvions une sorte de pastis sans alcool qui ne portait guère préjudice à notre santé.
    ** Que Monmon me pardonne de l'avoir caricaturé dans cette narration mais la situation était tellement drôle !

     Lembrun 1979 : la voiture dans le Lot*** Mais si, je vous l’assure, le pré-ado à lunettes, entre 2 moustachus, est bien Sensei Dubreuil. Il  s’entraînait à tout instant au Kiaï.
    Pour ne pas faire d’erreur, notez à partir de la gauche : Sensei Floquet, Sensei Dubreuil, Sensei André, Sensei Roinel et Sensei Royo.

     

    Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    7e dan FIAB 2011
    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

    mort-de-rire-copie-1.gif

    Oublie tes peines et pense à aimer
    あなたの悩みを忘れて、愛について考える 
    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

    mort-de-rire

     

     

    « À propos du passage de grades du 18 juin 2017Bilan du cours du 28 juin 2017 »