• Il y a 25 ans...


    Les Arts Martiaux Traditionnels Japonais du Conte à la Réalité

    Il y a 25 ans...

    C'est il y a 25 ans, le 17 novembre 1990, que les clubs de la si belle région de Haute-Normandie entreprirent de monter un grand spectacle sur le thème des Arts Martiaux. C'était l'occasion de fêter les 10 ans de notre petit Hombu Dojo, le club de Saint Léger du Bourg Denis, et les 30 ans de pratique des Arts Martiaux de leur DTIR, ma modeste personne.
    Il me fut confié le soin de rédiger le synopsis et chaque club se chargea d'en développer et mettre en scène un épisode.
    Ce fut un événement extraordinaire, unique. Il m'en resta 4 bandes vidéo au format Hi 8 qui dormirent pendant 20 ans dans un tiroir jusqu'à ce que je fasse l'acquisition d'une petite clé qui permettait de numériser les vidéos... j'eus la chance de pouvoir emprunter le dernier caméscope Hi 8 en état de marche dans mon environnement.
    Ce n'est que cette année que j'ai pu utiliser la version d'essai d'un logiciel de montage « multicam », qui permet de disposer les 4 fichiers en fonction de la bande son et d'effectuer de la sorte un montage à l'image près. Hélas, la version d'essai est limitée à des clips de 3 mn... Donc pas de montage pour les longues scènes ! Plus tard, peut-être, si je peux utiliser une version illimitée, me pardonnerez-vous la médiocrité de ce premier essai...
    En attendant, ne boudons pas notre plaisir. Place à la nostalgie et à l'émotion toujours prête à renaître.

    Il y a 25 ans...

    Il y a longtemps, bien longtemps, dans les mers lointaines où le soleil se lève, un énorme poisson-chat s’endormit, entre deux eaux. Et ses nageoires épineuses, qui affleurent la surface de l’océan, forment les quatre principales îles d’un pays légendaire, qui s’agite parfois aux soubresauts de l’animal endormi, au gré de ses rêves.
    Pays de WA, l’harmonie, il choisit le nom de NI HON, l’origine du soleil, improprement traduit chez nous par « l’Empire du Soleil Levant ». Le plus ancien souverain connu, Jimmu, aurait vécu aux confins de l’âge de fer et du bronze et des siècles légendaires. On le sait petit-fils de Ninigi, lui-même petit-fils de la déesse Amaterasu.
    Étrange dynastie, jamais remise en question, la seule officiellement d’origine divine. Officiellement, en effet, elle descend d’entités célestes, les KAMI. De tout temps, les Japonais ont divisé leurs îles en zones distinctes : il y a le ventre et le dos, l’est et l’ouest, le passé et le présent.
    Tâchant de concilier ce qui semble inconciliable aux Occidentaux, le passé et le présent, l’esprit et la matière, l’homme japonais poursuit son évolution dans une sorte de courant à la fois alternatif et continu : c’est le DO, la Voie. Histoires vraies et légendes vont étroitement s’entremêler, projetant dans notre naïf inconscient occidental une sorte de Far-East où les justiciers masqués seront armés de sabres tranchants comme des rasoirs, lanceront des projectiles en forme d’étoiles à la vitesse de la pensée et auront des poings et des pieds durs comme ds blocs d’acier et plus rapides à manier que des baguettes de coudrier...
    En réalité, pas de cri qui tue. Pas de NINJA maîtrisant des pouvoirs mystérieux. Le chevalier errant, sans peur et sans reproche, défenseur de la veuve et de l’orphelin, était identique au SAMURAI vivant à la même époque. Simplement, notre civilisation a subi le siècle des lumières, le siècle du scientisme et de l’industrialisation, alors que le Japon s’était enfermé sur lui-même, s’interdisait à la pollution venue de l’extérieur, devenait légendaire.
    L’Art de combattre, élevé à son degré le plus parfait, devenait une VOIE, un moyen de parvenir à la sagesse, l’illumination, la sérénité. L’Art d’utiliser les armes traditionnelles, le KOBUDO, et son corollaire indissociable, l’Art de maîtriser l’adversaire à mains nues, en lui causant le moins de préjudice possible, l’AÏKIBUDO, sont les plus propres à éclairer notre imagination trompée par la médiation du cinéma KUNGFU ou autre NINJUTSU.
    AIKIBUDO et KOBUDO ne sont ni des sports servant à valoriser l’EGO d’un vainqueur, ni des leurres attirant la clientèle pour l’acquisition de mystérieux pouvoirs.
    Arts martiaux anciens, remontant au XIIème siècle, développés par une civilisation et une mentalité totalement étrangères à la nôtre, ils collent parfaitement à l’âme française. Étrange destin : les derniers grands Maîtres viennent à Paris, ou en Normandie, déposer leurs derniers secrets en attendant que le peuple japonais, remis de la folie industrielle, en proie au désir de posséder et de se faire voir, vienne récupérer son héritage...
    Les secrets profonds du MOI occidental se déchiffrent à la lecture des contes de fées, que la victime soit le Petit Chaperon Rouge ou la petite chèvre de monsieur Seguin....
    La compréhension de l’Art Martial passe par le conte ZEN. Le ZEN est une branche du Bouddhisme. Ce n’est pas une religion en tant que telle. Les Japonais ont été de tout temps tolérants. Ils empruntent aux philosophies qui leur sont proposées, ce qui leur permet d’aller plus loin dans leur propre VOIE. Pas de guerre de religion, puisque ce concept n’existe pas... Le conte ZEN est déroutant. Posez une question au Maître qui détient la clef de votre problème, il vous répondra par une autre question vous permettant d’aller plus loin dans votre questionnement si vous êtes sur la bonne voie, ou par un coup, moral ou physique, si vous vous égarez.
    Jamais de réponse, rien n’est permanent. Ce qui est vrai maintenant sera faux dans l’instant qui suit, et redeviendra la vérité dans un mois, dans un an, dans une autre vie...
    Ainsi en va-t-il des héros, en tous lieux de notre planète, qu’on encense quand ils sont utiles et qu’on brûle quand ils ont suffisamment servi.


    Alors, place à l’histoire, place aux légendes, place aux contes et rêvons un moment, si vous voulez bien.Remontons au milieu du XIIème siècle. Une femme d’une grande beauté s’enfuit dans la neige, nu-pieds, un nourrisson suspendu à son sein. Les aléas de la guerre l’ont fait passer du rang de princesse à celui de proscrite. Qui sait ce qu’elle devint ? L’enfant, lui, va devenir le héros de générations de jeunes et moins jeunes Nippons.
    MINAMOTO NO YOSHITSUNE, recueilli par les génies ailés de la montagne KURAMA, va recevoir leur enseignement et être initié à ce qui pourrait être l’embryon du concept de AIKI.
    Public, excuse mon bavardage et vois : Yoshitsune à l’école des Tengu, sur la montagne Kurama.

     
    Soldat de fortune au cœur pur, Yoshitsune ne possédait que ses sabres qu’un oncle forgeron avait trempés pour lui lorsqu’il atteignit l’âge d’homme.
    En ce temps-là, un moine brigand, le géant BENKEI, dévalisait et tuait les passants en pleine ville, au détour d’un pont. Il avait fait le vœu de collectionner mille sabres afin d’édifier un temple pour le salut de son âme. Yoshitsune, averti, se présenta devant la brute.
    « Homme, je viens te châtier ! »
    Ce fut un duel rapide et resté fameux, devant une foule de spectateurs terrorisés.

     
    À l’issue de ce duel, Benkei devint le disciple fidèle de Yoshitsune et l’accompagna dans son funeste destin.
    Histoire, légende, qu’importe si l’imaginaire nous amène à frôler le réel. Qu’en est-il donc de ce Samurai qui, loin d’être devenu une parfaite machine de guerre pour qui la mort n’est qu’un événement de la vie, se met à se poser des questions sur le sens de son existence. Enfer ? Paradis ? Quelle porte ouvrir ? Quel chemin prendre ? Si vous vous posez parfois la question, aurez-vous un aperçu de la réponse à l’issue de cette scène ?

     
    Un conte ZEN est troublant : il n’y a pas de chute, comme dans nos bonnes vieilles blagues, il n’y a pas de morale comme dans nos célèbres fables. Échappons provisoirement à ce trouble et retrouvons le monde magique de ces héros mi-réels, mi-mythiques. Le destin de Yoshitsune fut tragique. Au XIIIème siècle, un autre personnage d’envergure légendaire va nous interpeller. C’est l’âge des RONIN, ces chevaliers errants, sans but, puisqu’il n’y a plus de guerre. Brigands, mendiants, cherchant un sens à leur vie à la pointe de leur sabre. Le sabre du Samurai, merveille de technologie et d’harmonie, est l’âme du Samurai. C’est un peu aussi, trop souvent, son cerveau... Ainsi en est-il de notre héros, MIYAMOTO MUSASHI. Que n’a-t-on écrit à son sujet ? Personnage le plus populaire des îles du Levant, il chercha sa voie à force de défis et de duels avant de finir sa vie peintre et poète. Retrouvons-le dans sa quête de l’impossible. Ce jour-là, il vient défier le maître de l’école HOZOIN... Assistons à l’entraînement des élèves sous la direction du Maître dans l’Art du bâton.

     
    Pas très moral, selon nos concepts modernes, trouvez-vous ? Mais ne pensez-vous pas qu’une O.P.A. bien proprette, effectuée par des financiers en complet trois pièces et boutons de manchettes en diamant, n’est pas autrement meurtrière ? Stop ! On ne pense plus, le conte ZEN revient nous faire un clin d’œil. Mon vieux Maître en Arts Martiaux me dit régulièrement : « Qu’importe la technique, qu’importe le programme, il faut sentir ! Si tu as compris, pas besoin d’expliquer. Si tu ne comprends pas, inutile d’expliquer ! »
    Or, en ce temps-là, un grand seigneur, MASAMUNE, cherchait le plus grand Maître pour lui expliquer le sens de la vie et de la mort. Et voici ce qu’il en advint.

     
    Finalement, on l’aura compris, il n’y a pas de secret, sinon d’entraîner son corps et son esprit. Rendre son esprit tranchant comme le fil du sabre, rendre le sabre sensible et magnanime comme le cœur le plus noble. Or, un homme, fort discret par ailleurs, s’entraînait de façon solitaire à l’art du IAI JUTSU. Que ne dit-on pas de ce qu’on ne voit pas ! La réputation de l’homme intrigua un matamore local qui voulut vérifier. Quoi donc ? Assistons à ce duel...

     
    La réponse sur la question sur le sens de la vie est-elle donc nécessairement la mort ? En ces temps barbares, peut-être. De nos jours, nous avons soigneusement développé le concept de non-résistance, confondu avec le concept de non-violence. Voyons, si tu me frappes sur la jour droite, je te tends la joue gauche. Ce n’est pas ce que m’a enseigné mon maître.
    Premier cas, je reçois la gifle et je te la rends (c’est la loi du talion) ou je te colle une raclée (je te la rends au centuple, c’est la charité).
    Second cas, j’esquive la gifle et je t’en donne une : je suis le plus fort.
    Troisième cas, j’esquive la gifle, je contrôle la main qui voulait me frapper et je te réduis à l’impuissance, alors je suis un Maître.
    Quatrième cas, je me comporte de façon que tu n’aies pas envie de me donner une gifle. Je suis alors un très grand Maître. Mais les très grands Maîtres sont très, très rares car ils sont très fragiles et il faut les protéger.
    Disons alors qu’en ce temps-là un maître renommé voyageait. Il suivait la grande route du Tokaïdo, traversant fief après fief en n’omettant jamais de saluer le Seigneur des lieux. Et il arriva que ce clan où il faisait une pause était célèbre pour son école d’Arts Martiaux et se glorifiait d’un jeune champion invaincu.
    Le jeune champion s’en vint trouver son Seigneur et lui proposa d’organiser une rencontre avec le fameux Maître.
    « Pourquoi pas, se dit le Seigneur, on s’ennuie en cette période de paix ! »
    le Seigneur convoqua le Maître et lui intima l’ordre d’accepter un duel avec son champion.
    « Soit, mais avec des armes de bois, inutile de souiller la lame du Katana, alors qu’il n’est pas nécessaire de faire couler le sang. »
    il faut savoir que le Bokken, le sabre de bois, est une arme redoutable. C’est avec cette arme que Musashi remporta son dernier duel. À l’aube, devant le Seigneur et de nombreux spectateurs, le champion attendait donc avec impatience que le Maître se décide à venir. Serait-ce un lâche ? Aurait-il fui ? Non, le voilà. Mais, surprise, indignation quand il voit l’arme que le Maître tient à la main : un simple bout de bois, un TAMBO !
    « Que le combat ait lieu ! ».

     
    Suivons le Maître dans ses pérégrinations. Il a beaucoup marché. Il arrive dans un village. Il s’arrêterait volontiers dans une auberge, boire une coupe de saké. À moins que cet individu à la mine patibulaire n’ait l’intention de le délester de la besace qu’il porte à l’épaule...

     
    1°) maîtrise de l’agression

    2°) arrivée à l’auberge

    3°) La GEISHA : « Que puis-je pour vous, Seigneur ? »

    Le Maître :  « Au fait, cher ami, nous n’avons pas été présentés. Que diriez-vous d’une coupe de saké ? »
    Diable de personnage. Serait-il indiscret de l’accompagner jusqu’à la ville ? Mais que va-t-il faire dans ce quartier mal famé, sombre repaire de brigands ? Quelques travaux pratiques, sans doute ?

     
    De toute évidence, cet homme n’a besoin de personne. Il doit se sentir seul, mais laissons suivre la VOIE qu’il a choisie.
    À des lieues de là, un village de paysans est terrorisé par une bande de brigands qui vient régulièrement piller les récoltes, violenter les filles et les femmes. N’y aurait-il pas à la ville quelques vaillants Samurai prêts à les aider à se défaire des quarante brigands ?
    Retournons dans la ville, dans la rue la plus passante, où se côtoient riches seigneurs et commerçants, fiers Samurai et Ronin à moitié vagabonds.

     
    Notre voyage aux confins du conte et de la réalité est accompagné du vacarme et de la fureur des humains prompts à naître et à mourir. Assistons à un dernier assaut médiéval.
    Sautons un siècle ou deux. Oublions le son du canon et des armes automatiques. Le geste qui détruit devient le geste qui éduque. L’Art Martial propose une alternative à la violence, qu’elle soit guerrière ou sportive.
    Nous sommes au XXème siècle, à l’aube du troisième millénaire et nous vous proposons l’AÏKIBUDO.
    Mon Maître me dit souvent : « Un mouvement se réussit ou se rate à deux. »
    C’est cette notion qui différencie la pratique de l’AÏKIBUDO d’une pratique sportive : ici, pas question de vaincre quelqu’un ni d’exploit d’aucune sorte.
    Une fois passée la nécessité de vaincre la peur de soi-même, peur d’avoir mal, essentiellement, on découvre la nécessité d’un partenaire sincère pour construire le mouvement vrai, satisfaisant. La technique est un moment de vie microcosmique dans le macrocosme de l’existence.
    Il n’est pas question de vous en dévoiler aujourd’hui plus que ce que nous avons essayé de vous faire ressentir dans ce voyage au pays des contes et légendes.

     

     

    Il y a 25 ans...

     Il y a 25 ans...

     

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