• Du Jujutsu à l'Aïkibudo : le concept d'Aïki

     

    Vous êtes au courant ? L’Art que nous pratiquons s’appelle AÏKIBUDO : 合気武道.

    Du Jujutsu à l'Aïkibudo : le concept d'Aïki


    Il est formé de 2 mots, chacun formé de 2 mots : Aï + Ki, AÏKI 合気 et Bu + Do, BUDO 武道 dont j'aimerais connaître la signification exacte car tous ces Kanji me semblent recéler beaucoup de mystères.
    J’ai à ma disposition un précieux « Nouveau Dictionnaire Pratique Japonais-Français » édité par la Librairie Hakusuisha, le traducteur en ligne de Gogol et le site Webdico.
    Je commence par BUDO et ne trouve pas 武道 dans mon dictionnaire mais Gogol me le traduit par « art martial ». C'est encourageant, nous sommes en terrain connu mais il me dit également que signifie militaire... en chinois parce qu’en japonais ça se lit (et se traduit en français par...) Takeshi... Webdico le lit bien BU et me précise que Takeshi signifie courageux et s’écrit 武し.
    se traduit par chemin et se lit MICHI. On le retrouve dans 道く, MICHIBIKU, guider, conduire (une variante existe dans notre Te no Michibiki,  手の導き, la main guide, la main qui montre le chemin). Il peut aussi se lire DO et se traduire par Voie (morale). Bon, pour nous, ce sera DO. Sinon, il faudrait lire 武道 TAKESHI MICHI (le chemin courageux), ce qui est nettement moins sexy que BUDO ! Car 武道 , en un seul mot, se lit bien BUDO sur les 2 sites et signifie bien Art Martial. On l’a échappé belle.
    C’est une autre affaire en ce qui concerne 合気 . Il ne figure pas dans mon dictionnaire par contre j’y trouve 気合 qui se prononce Kiaï et signifie cri. Bien sûr, un Kiaï n’est jamais qu’un cri.
    Une recherche sur Webdico me fournit quelques éléments complémentaires :

    合う : (qui se lit Au) convenir, être d’accord.
    気 : air, respiration *
    気合 
    : ardeur, cri, motivation

    * Mochizuki Minoru Sensei nous a donné cette définition dans une lettre à not' bon Sensei (la traduction n'est pas de mon fait...) : « Ki » de « Aïki » signifie « mordant » C’est une intuition instantanée au moment où le Sumo se met en mouvement après avoir été en garde. Imaginons que quand on voit quelqu’un armé se démener, on sort brusquement du coin où on se cachait, le saisit à bras le corps, arrache son arme et lui met les menottes, « Ki » est une inspiration au moment où on se rue sur l’ennemi. Je crois que vous avez déjà pas mal d’expériences sur cela. En bref, l’Aïki Jujutsu implique l’intuition de l’instant où mon mordant et celui de l’autre se heurtent. Il me semble que le Daïto Ryu Jujutsu est un art d’insister pour enlever l’arme de l’autre. »

    « C’est bel et bon tout cela, Sensei André, mais ce qui nous intéresse, c’est plutôt 合気 - Patience, petite coccinelle, patience, j’y viens... »

    Du Jujutsu à l'Aïkibudo : le concept d'Aïki

    Voilà ce que m’en dit Webdico : « Désolé, pas de traduction ! ». Quant à Gogol, il me le traduit en français par... AIKI ! Ça se mord la queue. Je suis bien avancé.
    Jadis, les adeptes de l’Aïkido nous disaient : « O Sensei nous a dit : AI, c’est AMOUR ! ». Je veux bien, mais mon dictionnaire, tout comme Gogol, me dit que Amour, c’est le Kanji . Qui se prononce bien Aï, comme le Kanji  mais n’a pas le même sens... Voici d'ailleurs une liste de Kanji « Aï » que j'ai trouvés à l'aide de Webdico :

     : convenir
    : chagrin
    : aimer
     : rencontrer
    : indigo

    On nous a dit que 合気 signifie « harmonie des énergies », que , c’est l’énergie cosmique et que sais-je encore... C'est à l’origine de tous les fantasmes, de tous les délires mystiques new age et de pas mal de mystifications !
    Il semblerait que 合気 soit un concept très ancien et qui n'appartient à personne.

    Il semblerait que la première mention du terme Aiki, mais avec un caractère qui diffère de celui de Aikijutsu (la première utilisation "moderne"), se trouve dans le Densho (伝承 transmission oralecommuniquer, propager, informer, transmettre recevoir, accepter) intitulé : « Tomoshibi Mondo » (問答  Conversations Éclairées : lumière d'une lampe, interroger, réponse) de l'école Kito Ryu Jujutsu (起倒流柔術 : lever, dresser,  tomber, chuter, renverser, flux, courant, école, doux, souple, flexible,  art, technique). Écrit en 1764 durant la dernière partie de la période Edo, la définition donnée pour Aiki (d'après une étude de Kacem Zoughari) est « contrôler et maîtriser dans l'attaque ou la défense tout type d'intention avant que celle-ci ne devienne insurmontable » : ça rappelle la définition du Ki, le «  mordant », par Mochizuki Sensei.

    Du Jujutsu à l'Aïkibudo : le concept d'Aïki

    Arrêtons de tâtonner et faisons appel à quelqu’un qui devrait s’y connaître, un vrai Sensei japonais, par exemple. Voyons donc ce que nous explique Kondo Katsayuki Sensei, Soke Kyoju Dairi (宗家 chef de famille 教授  professeur 代理 intérimaire) du Daitokan, le siège social, le Hombu Dojo historique de Daïto Ryu et qui semble bien connaître le sujet. (Extrait d’une interview avec Léo Tamaki)

    « La technique doit toujours s'exécuter en continu. Les techniques doivent s'écouler fluides comme de l'eau. On ne fait pas les techniques en 1, 2, 3.
    Il ne faut pas enseigner en décomposant. Les arts martiaux traditionnels ne se sont jamais transmis ainsi. Si la technique n'est pas exécutée dans son intégralité comme l'eau qui s'écoule ce n'est pas une technique. La technique, le Waza ()*, ne doit être exécutée ni en force ni de façon décomposée. Sinon ce n'est pas une technique.
    Aujourd'hui la plupart des enseignants ne savent pas ce qu'est l'Aïki. Demandez à un professeur ce qu'est l'Aïki. Il vous répondra univers, harmonie… Mais c'est le Waza, le Waza ! Les enseignants d'aujourd'hui ne peuvent pas répondre à cette question car ils ne savent pas eux-mêmes de quoi il s'agit. L'harmonie, l'univers n'ont pas de lien avec le Waza !
    Techniquement l'Aïki est un principe concret, précis, démontrable, enseignable et transmissible. Son application est ce qui sépare les techniques de Daïto Ryu Aïkijujutsu de celles de Daïto Ryu Jujutsu. La même technique dans sa forme Aïkijujutsu et Jujutsu est très différente.
    Ce que l'on voit généralement aujourd'hui, c'est exécuté sous une forme de type Jujutsu. Au contraire, il faudrait toujours utiliser l'Aïki. En l'absence d'Aïki les techniques ne fonctionnent pas face à une personne forte ou avec un grand gabarit.
    Il y a une connivence à l'entraînement entre le professeur et les élèves dont je ne suis même pas sûr qu'ils soient conscients. Mais s'ils essaient réellement, ça ne marchera pas. Parce qu'ils n'utilisent pas l'Aïki et ne savent pas de quoi il s'agit. Dans Shiho Nage, Kote Gaeshi, il faut toujours utiliser l'Aïki.
    Jusque dans la forme extérieure c'est totalement différent.
    L'Aïkijujutsu implique que dès l'instant du contact le partenaire soit déséquilibré. Déséquilibrer après avoir pris position est du Jujutsu. L'Aïki est immédiat.
    Il n'y a pas de placement avant le déséquilibre. Ni en Shiho Nage, ni en Kote Gaeshi ni dans n'importe quelle technique. Contre n'importe quelle attaque, des saisies à Shomen Uchi en passant par les coups de poing, la création du déséquilibre par l'Aïki doit être instantanée. Il y a de nombreuses façons de le créer selon la technique. C'est l'enseignement concret de l'Aïki.
    Le Jujutsu est un contrôle après le contact, la saisie par exemple. Ce sont des techniques qui reposent sur la douleur. Cela rend leur application difficile face à des gens plus forts que soi. De plus si on se repose sur un contrôle articulaire, une personne plus forte pourra résister.
    À la manière Jujutsu, si effectivement le déséquilibre n'est pas immédiat, le contrôle par la douleur l'est. Les mêmes techniques appliquées avec l'Aïki seront effectivement exécutées différemment et le résultat sera différent. Les techniques, très efficaces, permettent de provoquer un déséquilibre qui peut être maintenu. En outre elles sont aussi douloureuses que celles de Jujutsu.
    Les gens ne savent pas ce qu'est l'Aïki. Ils trompent les gens avec de belles paroles. L'Aïki est la méthode de création du Kuzushi (崩し), le déséquilibre. Mais il faut aussi conserver le Kuzushi de façon souple et continue. Sinon la technique est terminée. En faisant de larges Kote Gaeshi, on perd non seulement le Kuzushi mais on reçoit aussi une frappe, c'est évident. Faire de grands gestes circulaires est spectaculaire mais inutile et dangereux. C'est souvent utilisé en démonstrations mais nous ne faisons jamais cela en Daïto Ryu car aujourd'hui même une personne au regard non aiguisé peut comprendre cela en regardant une vidéo au ralenti. Un Embu (演武 démonstration d’un art martial) ne doit pas être une occasion de se couvrir de honte. »

    * Waza signifie technique mais aussi principe, par extension.

    Du Jujutsu à l'Aïkibudo : le concept d'Aïki

    Avez-vous compris ? AÏKI 合気, ça n’a rien à voir avec l’amour universel, l’énergie cosmique, et tutti quanti, c’est tout simplement la technique appliquée avec fluidité. Le concept de Aïki correspond tout simplement à notre concept de canalisation, de mouvement.
    Nous avons bien expliqué à nos élèves que les Te Hodoki, le travail en Chika Ma, ce n’est pas encore l’Aïkibudo, c’est encore du Jujutsu, un contrôle après le contact. L’Aïkibudo naît de la compréhension de la distance Ma, de la canalisation, du mouvement continu qui « s’écoule, fluide comme de l’eau ».
    Saviez-vous que Takeda Tokimune Sensei appelait son Art « Daïto Ryu Aïkibudo » ? Attention, n’allez pas vous écrier : « On nous l’avait bien dit, l’Aïkibudo a ses racines dans le Daïto Ryu ».
    Que nenni ! Nos origines sont différentes, c’est tout simplement parce qu’il désignait ainsi un Art Martial complet comprenant les techniques manuelles de l'Aïkijujutsu et la pratique des armes.
    Et si dans cet article, j'utilise tant de références à Daïto Ryu, c'est que c'est là que j'ai trouvé des textes traitant de concepts communs à tous les Arts Martiaux et dignes de confiance, loin de toute mythologie.
    L’école Daito Ryu est née à la fin du XIXe siècle. Takeda Sokaku n’a pas appris le Daito Ryu, il en est l’initiateur et l’a développé dans un processus d’autoformation qui a duré toute sa vie. C’est Tokimune qui en a défini la forme actuelle.
    Maître Ueshiba s’est inspiré de la pratique martiale de Takeda Sokaku et, de ses expériences  martiales et spirituelles et de vie, est née une pratique qui devient un Art à part entière sous le nom d’Aïkido en 1947.
    De même Maître Minoru Mochizuki s’est inspiré de sa pratique aux côtés de Me Ueshiba et, de ses expériences  martiales (Kendo, Jujutsu, Judo, Jodo, Kobudo) et spirituelles et de vie, est née une pratique qui devient un Art à part entière sous le nom de Yoseikan Aïkido-Jujutsu.

    Voici ce qu’il écrit dans une lettre à not' bon Sensei : « Je ne savais pas au début mais il m’a appris en réalité une méthode pédagogique sur l’Aïki Jujutsu : il souhaitait me faire savoir qu’il faudrait abandonner l’esprit sportif que j’avais, parce que je considérais le résultat du match le plus important et ne pensais qu’à gagner ou perdre le match comme un Judoka. Et il désirait me dire de retrouver l’esprit des Art Martiaux qui est lié directement à la question de vie et de mort et de rester fidèle aux principes sans idée de gagner ou de perdre pour apprendre la technique. »

    De même not’ bon Sensei Alain Floquet s’est inspiré de sa pratique aux côtés de Maître Mochizuki et, de ses expériences  martiales et spirituelles et de vie, est née une pratique qui devient un Art à part entière sous le nom d’Aïkibudo. 

    Et pour conclure, si nous traduisions AÏKIBUDO par « l’Art Martial fluide » ?

    Du Jujutsu à l'Aïkibudo : le concept d'Aïki

     

     

    Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    6e dan 2F3A 1991

    7e dan FIAB 2011

    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

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    Oublie tes peines et pense à aimer

    あなたの悩みを忘れて、愛について考える 

    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

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