• Croyance(s)

     

    Vous croyez et vous enjoignez vos enfants de croire vos croyances, jour après jour, de façon tout à fait inconsciente, parce que vos parents, déjà, vous ont adressé l’injonction de croire leurs croyances tout comme vos grands-parents avaient transmis à vos parents la même injonction de croire leurs croyances.  (Pour tout comprendre sur la théorie du scenario : Éric Berne - Que dites-vous après avoir dit Bonjour ?)
    Que sont ces croyances ? Des mythes nés d’archétypes, le cerveau humain est programmé pour croire, les contes devenant des certitudes. Il en est encore qui croient que la terre est plate...
    Quand j’étais tout petit, le 6 décembre, on fêtait Saint Nicolas qui avait ressuscité les petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs et que le vilain boucher avait zigouillés, découpés et mis dans son saloir. On ne recevait guère de cadeaux, nous subissions le joug de l’occupation et les adultes pensaient surtout à survivre, mais une tante m'envoyait des cartes postales....

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    En 1945, les occupants américains ont remplacé les occupants allemands et nous ont apporté le chewing-gum, le Coca-Cola et le père Noël qu’ils appelaient Santa Claus et fêtaient le 25 décembre. C’est en 1946 que j’ai vu débarquer à la maison les premiers cadeaux de Noël sous forme d’une grande caisse pleine de paille de bois qui protégeait des oranges, nos premières oranges, des bonbons de Zan (en réglisse, pour ceux qui n’ont pas connu ce produit) en forme de losange et un petit jouet, un poussin à ressort qui se déplaçait en sautillant. Et le matin du 25 décembre, nous avons trouvé, dans nos chaussures bien cirées, un jouet, une confiserie. Nos parents nous ont parlé du gros barbu vêtu de rouge qui descendait dans la cheminée pour mettre les cadeaux dans les chaussures bien cirées.

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    Comment croire à ces fariboles ? Passer de Saint Nicolas au père Noël ? Boaf ! J’étais incrédule et quand on m’a parlé du p’tit Jésus dans la crèche, je me suis dit qu’on se moquait de moi et je suis devenu très, très méfiant quand un adulte m’affirmait quelque chose que je connaissais pas.
    L’abbé Séraphin était le frère d’une amie de mes parents et, à ce titre, nous rendait épisodiquement visite bien que ma famille ait plutôt été du genre « bouffeurs de curés » ! J’avais 8 ans quand nous eûmes une controverse. Je lui avais dit que je ne croyais pas plus à son p’tit Jésus qu’au père Noël parce qu’on n’avait aucune preuve qu’il ait existé.

    « Crois-tu qu’Henri IV ait existé ?, me demanda-t-il
    - Bien sûr, lui répondis-je du haut de mes 115 ou 120 cm.
    - As-tu des preuves de son existence ? ».

    Évidemment que je n’avais pas de preuve de l’existence de Henri IV, on ne dispose pas de ce genre de preuve quand on n’a que 8 ans. Par contre, j’avais la preuve qu’un curé essaie de convertir les enfants en utilisant des procédés déloyaux et c’est ainsi que mon cri de guerre devint « À bas la calotte ! » ponctué de « Crôa ! Crôa ! » adressés aux bigots à la sortie de la messe.

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    Un jour, l’instituteur, le père Berthe, m’envoya demander l’agrafeuse à sa femme qui était secrétaire de mairie,… L’agrafeuse ? C’était la première fois que j’entendais ce mot. Depuis mon altercation avec l’abbé Séraphin, j’avais adopté ce grand principe normand : « Méfie-té, méfie-té ‘core, méfie-té toujours ». Je lui répondis donc que ça n’existait pas, qu’il cherchait à se moquer de moi. Il réussit quand même à me convaincre et mon vocabulaire s’enrichit d’un mot nouveau.
    Pour devenir instituteur ou pour exercer la profession de secrétaire de mairie, il fallait passer des épreuves d’écriture, les registres devaient être tenus de façon irréprochable avec une superbe calligraphie et il fallait utiliser diverses sortes de plumes pour les titres, le corps du texte, les annotations. Le père Berthe voulut donc m’envoyer à la papeterie lui chercher des plumes pour écriture ronde. Alors ça, c’était vraiment pour que la vendeuse se moque de moi ! Le père Berthe dut me montrer de vieilles plumes "ronde" et des exemples de superbe écriture pour me convaincre d’aller faire cette course.

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    Ma méfiance a évolué en scepticisme*. Je ne suis pas entré dans le monde des Arts Martiaux comme on entre en religion, habité par une foi ardente ou désireux d’être initié aux mystères qui ouvrent la voie de l’invincibilité ! Je me suis documenté sur les disciplines, sur les maîtres qui les enseignaient avant de décider de frapper à la porte d’un Dojo.

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    Qu’il est long le chemin !

    « Et alors, vénérable Sensei, comment avez-vous vécu tout cela ? Êtes-vous une sorte d’athée mystique ?
    - Que nenni, petit cucaracha, je ne suis qu’un rêveur et je me suis contenté de tenter de vivre mes rêves !
    - Y êtes-vous parvenu, sage Sensei ?
    - Pas trop mal, petit cafard, même si les réveils ont parfois été brutaux...
    »
     »

    J'ai tout de suite été séduit par notre bel Art Martial, d'abord sous sa forme Aïkido Jujutsu et enseigné de façon très rustique. J'ai voulu en savoir plus, j'ai cherché, j'ai tâtonné, j'ai fait un maximum de stages, j'ai été suivi par des hommes et des femmes qui me faisaient confiance et que je n'avais pas le droit de tromper. Je n'ai pas cru au miracle, je ne me suis pas pris pour un disciple, j'ai simplement fait vivre mon rêve, j'ai partagé tout ce que j'ai reçu car ce qui m'a été enseigné n'était pas destiné à être engrangé pour mon plaisir personnel, égoïste, mais pour être transmis. Si j'ai admiré mes maîtres, si je les ai même parfois enviés, je ne leur ai pas voué un culte car chacun a ses forces et ses faiblesses, tout est partagé.

    Et vous, amis lecteurs, quelles sont vos croyances ou vos doutes sceptiques ?

     

    * Scepticisme : Doctrine des philosophes qui doutent et qui examinent. ♦ Le scepticisme est le premier pas vers la vérité, DIDER., Pens. philos. n° 31 ♦ Le scepticisme ne convient pas à tout le monde, il suppose un examen profond et désintéressé, DIDER., ib. 24 ♦ Il me semble que le scepticisme que certaines discussions historiques provoquent et entretiennent, n'est ni la moins douce ni la moins saine habitude que l'esprit humain puisse contracter, DAUNOU, Instit. Mém. sc mor. et pol. t. IV, p. 543

     

    Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    7e dan FIAB 2011
    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

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    Oublie tes peines et pense à aimer

    あなたの悩みを忘れて、愛について考える 

    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

    mort-de-rire