• Bilan du cours du 3 mai 2017



    La seule limite à notre épanouissement de demain sera nos doutes d’aujourd’hui. (Franklin Delano Roosevelt) 

    Après l’été précoce et généreux suivi d’un hiver tardif et dévastateur, voici un automne frisquet, humide et démoralisant. La terre avait soif mais les plantes qui ont pâti des dernières gelées n’ont plus besoin de l’eau qui tombe en abondance.
    Dans moins d’une semaine, je m’envole pour Montréal. Comme d’habitude, je suis saisi par le doute, le stress. Pourquoi ai-je dit oui ? Qu’est-ce que je vais faire là-bas ? Je n’ai rien à leur apporter... Quelle idée de prendre l’avion, je suis si tranquille à la maison... Mes cours seront catastrophiques...
    Je suis habitué à ces élucubrations que je subis depuis 1989 ! Heureusement, dès que je suis assis dans l’avion, tout est oublié et j’ai hâte d’être arrivé.
    Ne vous y trompez pas, c’est la même chose en plus concentré la veille d’un cours dans mon Dojo. Ça fait une semaine que je conçois mon cours, que je le visualise en marchant, que je peaufine chaque technique, que je mets au point la canalisation la plus juste, le mouvement le plus élégant et le plus efficace, que j’envisage toutes les erreurs d’exécution et les Kaeshi Waza correspondants.
    Et c’est quand tout est parfaitement au point que le doute s’installe, qu’un signal d’alerte s’allume dans une vertèbre dorsale, que j’éprouve une indicible et profonde fatigue.

    Le destin bat les cartes mais c’est nous qui les jouerons... (Bernard Moitessier)

    Je donne un biscuit à Lara en lui expliquant que je ne serai pas longtemps parti. Je lui mets France Musique à un niveau très bas pour qu’elle sente une présence sans que le bruit ne la gêne.
    Je règle aussi l’autoradio sur France musique car c’est l’heure du Jazz. À l’heure où je pars, les travailleurs sont presque tous rentrés chez eux, la route est tranquille.
    Quand j’arrive devant le Dojo, j’ai droit à 2 bonnes surprises : j’ai une place pour me garer et Jeannot est de retour. Il a dû subir une opération au niveau du tendon du pouce. Il a retrouvé force et souplesse et semble prêt à en découdre.

    Ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière. (Charles Baudelaire) 

    Notre club a la scoumoune ! ils sont de plus en plus nombreux à souffrir de petites misères suffisamment handicapantes pour leur interdire de monter sur le Tatami.
    Ce soir, ils seront 6 en face de moi pendant le salut, 3 Yudansha et 3 Kyu. J’organiserai donc le cours par groupes de 3 : outre un rythme plus rapide qu’une pratique à 2 partenaires, cette disposition empêche de se poser des questions, de s’arrêter pour exprimer des doutes ou s’apitoyer sur son triste sort de pauvre Aïkibudoka à qui on enseigne des machins trop difficiles.

    Il est bon de parler et meilleur de se taire. (Jean de La Fontaine)

    Il n’y a pas encore si longtemps, j’avais tendance à concevoir des menus trop copieux, quitte à en laisser la moitié pour la prochaine fois où à en laisser tomber une partie. Je poussais à la consommation.
    Je me rends compte que, depuis quelque temps, je suis devenu très frugal, je me contente d’un éducatif de base à partir duquel lequel je vais développer quelques mouvements destinés à approfondir les sensations souvent escamotées : travail sur les jambes, amplitude des mouvements, leur synchronisation autour du déplacement du bassin.
    Ce soir, Jeannot se fait un plaisir de renouer avec la direction de l’échauffement qu’il conclut avec Nigiri Kaeshi.
    C’est donc à partir de Nigiri Kaeshi et de ce Chidori Ashi que j’utilise avec gourmandise depuis quelques cours que je vais passer du Wa no Seishin au mouvement technique en mettant l’accent sur Te no Michibiki. De la théorie à la pratique !

    Ce qu'il y a de scandaleux dans le scandale, c'est qu'on s'y habitue. (Simone de Beauvoir)

    La pratique de Nigiri Kaeshi permet d’acquérir en finesse le rôle du bassin dans la création du mouvement, le travail dans l’axe et la perception de Te no Michibiki. Rien que ça. Bien sûr, ce ne sont pas des évidences, il s’agit d’un long cheminement sur la voie aride de la répétition. Répéter, répéter, répéter et, parfois, sentir. C’est le rôle des 4 éducatifs de base et aussi des Kata auxquels ma forme de pensée me rend allergique mais ceci est une autre histoire que je vous conterai peut-être plus tard.
    Je propose un exercice préparatoire déjà abordé récemment sur Jyunte Dori. Uke et Tori sont en Ai Hanmi no Kamae. Uke fait un pas pour saisir Tori en Ryote Ippo Dori. Tori s’efface au moment où Uke s’apprête à poser son pied avant sur le Tatami et ses doigts vont saisir le poignet de Tori. Uke est canalisé et, pour résister au déséquilibre, il assure une saisie réflexe du poignet. Nous sommes en sensation de Machi no Sen : Tori a attendu que Uke se soit engagé dans son attaque avant d’agir.
    Cette action est analogue à celle de Nigiri Kaeshi.

    Observez l’action de la main de Jeannot qui décrit Nigiri Kaeshi sur un plan horizontal.

    Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent. (Jean-Paul Sartre)

    La canalisation est complétée par Chidori Ashi, ce qui permet de la prolonger en renvoyant Uke sur son arrière et de le contraindre à une roulade avant.

    Bien que nous y travaillions depuis plusieurs cours, Chidori Ashi s’applique avec difficulté. Il faut accepter de sacrifier son équilibre puis de le récupérer en appuyant le genou de la jambe qui s’efface dans le creux poplité de l’autre jambe. La canalisation est proportionnée à l’aptitude de Tori à descendre : Uke est entraîné selon un cercle vertical dont l’amplitude déterminera l’efficacité du déséquilibre. Ça deviendra plus évident dans les exercices suivants.

    L'erreur, comme le rire, est le propre de l'homme. Mais infiniment plus créatrice. (Roland Topor)

    Cet exercice est le prolongement du précédent. Au lieu de lancer Uke devant lui, Tori le contrôle en amenant sa main à la hanche. L’autre main se posant sur le coude de Uke, Tori porte Robuse.

    Le premier essai est convenable. Du côté gauche, on observe que la main de Guillaume décrit un demi-cercle : la conduite au sol devient brouillonne. Il restera aussi à préciser le rôle de la main libre pendant l’exécution du mouvement.

    J'ai apporté quelques mises au point sur le tempo : si la main libre saisit le coude trop tôt, Uke dispose alors d’un point d’appui qui lui permet de réagir. Tori assure sa saisie quand le coude est au point bas avec un transfert de son poids sur la jambe intérieure.
    Guillaume hésite toujours quand il se sent observé. Le premier essai est convenable, ensuite il nous propose quelques erreurs classiques. Il laisse Uke glisser sur l’avant : il faut se représenter le coude de Uke traversé par un axe vertical et l’amener au sol en le vissant sur cet axe. La main libre hésite sur le moment où elle doit bouger : elle se déplace symétriquement à l’autre. Dernier essai, plus de cercle, la main ne vient pas à la hanche... immobilisation improbable !

    Ben, voilà ! Il suffit de bien expliquer.

    De mourir, ça ne me fait rien. Mais ça me fait de la peine de quitter la vie. (Marcel Pagnol)

    L’amplitude du cercle décrit par Tori va déterminer l’amplitude du cercle décrit par Uke dans sa canalisation. Le but de cet exercice pour Tori av être de faire tourner Uke autour de lui pour le projeter.

    Jeannot est un « bon client », il m’offre lui aussi un florilège de ce qu’il ne faut pas faire. On voit que dès qu’il se relâche en ne descendant pas suffisamment, il ne parvient pas à faire passer Uke derrière lui.

    Mélanie est une scientifique, elle analyse le problème avant de la résoudre. Ce faisant, elle oublie sa spontanéité, effectue un petit cercle vertical et Uke effectue un petit cercle horizontal : il risque de bousculer Tori au passage et doit l’esquiver.

    Je crains votre silence, et non pas vos injures. (Jean Racine)

    Ces vidéos sont tournées pendant les tâtonnements et présentent les difficultés le plus souvent rencontrées. Heureusement pour le professeur, tous ont réussi les exercices, à leur niveau bien entendu car j’ai d’autres exigences pour un trio de 3e dan que pour un trio de 1er Kyu !

    Parler sans penser, c'est tirer sans viser. (Miguel de Cervantès)

    Puis c’est le quart d’heure de Randori nécessaire à la fin de chaque cours. Je ne me rappelle pas avoir donné de consignes particulières en plaçant les élèves en 2 files. Je vois sur la vidéo qu’ils réinvestissent les éléments abordés pendant le cours en se laissant parfois conduire par leur inspiration. Pour finir, Jeannot et Guillaume ont oublié que je les regardais et se sont brillamment libérés.

     

    Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    7e dan FIAB 2011

    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

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    Oublie tes peines et pense à aimer

    あなたの悩みを忘れて、愛について考える 

    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

    mort-de-rire

     

     

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