• Bilan du cours du 24 avril 2019

     

    De toutes les calomnies, la pire est celle qui vise notre paresse, qui en conteste l'authenticité. (Emil Michel Cioran)

    Ça fait 4 semaines, 4 longues semaines d’abstinence, le Dōjō était fermé pour cause de vacances scolaires.  Pendant ce temps, nous avons connu une période de giboulées, quelques gelées matinales, quelques journées estivales puis le retour d’un temps frais et pluvieux : en Avril, ne te découvre pas d’un fil !
    Le temps... que nous apprend le temps qui passe, à nous, les vieux ? Notre corps usé nous explique qu’il existe de nouvelles sources d’énergie quand la force musculaire nous fait défaut. Et tout ce temps accumulé depuis près de 8 décennies nous dit que nous avons le temps, qu’il nous suffit de prendre notre temps : patience et sérénité.
    Depuis que je l’ai compris, il n’y a pas longtemps car je n’aime toujours pas perdre mon temps, je ne pars plus de chez moi en avance, je pars à temps. Je ne subis plus la cohue des automobilistes pressés de rentrer chez eux et de créer des embouteillages, je roule tranquillement en écoutant un bon jazz sur France Musique et j’arrive pile devant le parking au moment où ces dames repartent et me laissent la place libre.
    Je monte sur le Tatami détendu, de bonne humeur et mon genou se fait oublier, sauf au moment du salut, il n’y a pas de miracle !

     Il y a bien autant de paresse que de faiblesse à se laisser gouverner. (La Bruyère)

    Cette dernière période de la saison voit toujours une baisse drastique des effectifs. Ça va bientôt ressembler à un cours particulier ! De fait, ça me permet des corrections individuelles très poussées. Avec des élèves moins motivés et moins patients, ce serait très ennuyeux mais j’ai affaire à des personnes bien élevées qui rendent ce que je leur donne et me donnent en retour l’envie de revenir.

    L'homme est fait pour un instant de labeur et pour une éternelle paresse. (Marcel Jouhandeau)

    La fréquence de mes cours me les fait concevoir comme de petits stages durant lesquels j’apporte un maximum d’informations sur un thème plutôt qu’un peaufinage progressif de compétences individuelles et je dépasse souvent largement les 2 heures.
    J’ai remplacé le long échauffement classique par quelques exercices en mouvement ralenti qui prépare physiquement et mentalement.
    Enchaînement continu de dégagements/saisies sur Ushiro Uwate. Je demande de bien sentir la synchronisation de la poussée des coudes vers l’avant et de la projection des fesses vers l’arrière qui entraîne le recul de la jambe. Ensuite, le Chidori Ashi (千鳥足, marche en zigzag) fait monter le coude qui va repousser le bras de Seme pendant la rotation du bassin et place Tori en position de saisir à son tour. La plupart du temps, Tori avance en se dégageant ce qui fait qu’il piétine pendant la rotation.

    J'ai choisi 2 débutants qui nous montrent les difficultés qu'il faudra vaincre :
    - ils reculent la jambe au lieu de projeter les fesses vers l'arrière
    - ils ne sentent pas la nécessité du pas latéral (Chidori Ashi) ce qui les fait piétiner pour passer derrière leur partenaire
     

    La paresse chemine si lentement que la pauvreté la rattrape. (Benjamin Franklin)

    Exercice de Randori canalisation au ralenti. Cet exercice exige une grande précision dans l’entrée, l’utilisation de la force contrôlée tant de la part de Seme dans son attaque que de Tori dans son mouvement. Tori doit apprendre à maintenir son rythme durant tout l’exercice, on a toujours tendance à accélérer.

    Le Tsuki de Kamel est pénétrant, Mélanie peut entrer avec détermination en observant le ralenti.

    Où finit la paresse, où commence la contemplation ? (Jean Dutourd)

    Le thème de la séance est l’entrée sur Tsuki Chudan.  Pour travailler sur une sensation, on utilisera le Tanto.
    Dans un premier temps, Seme et Tori sont en garde inversée, Tori peut appliquer une stratégie de Sen no Sen. Il est en garde conventionnelle, Seme ne peut pas attaquer.
    Simultanément, il crée l’ouverture, main arrière au-dessus de la main avant et tombe sur Seme en avançant la jambe arrière, ce qui crée le réflexe d’attaque de Seme.
    La main avant canalise l’attaque au niveau du poignet et le bassin pivote pour esquiver le coup, ce qui fait tomber Tori sur Seme avec une possibilité d'atémi du coude au visage.

    Mélanie devra s'appliquer à tomber franchement dans l'attaque et à canaliser au niveau du poignet. En canalisant au niveau du coude, on a tendance à repousser le bras au lieu de l'entraîner.

    L'ambition, cette pauvre excuse pour ceux qui n'ont pas le courage d'être paresseux ! (Michel Galabru)

    Reprenons l’exercice. Le pivot du bassin entraîne la jambe arrière dans le 2ème temps de O Irimi. La main haute a saisi le poignet et accentué la canalisation avec une possibilité d’armlock. Quand Tori ne peut plus tourner, il recule la jambe extérieure pour placer le bras de Seme dans l’axe. Deux possibilités se présentent.
    Si Seme a le bras tendu, Neji (捩じ, torsion) Kote Gaeshi se présente de toute évidence.
    Si Seme a résisté en fléchissant le bras, Tori porte Kote Gaeshi flexion.
    En fait, si Tori a saisi le poignet de Seme légèrement vers l’arrière, il est en situation de flexion. S’il l’a saisi plus sur la main, la torsion est déjà en place à l’issue du déplacement.

    Premier essai : Mélanie ne tombe pas en entrant, elle devrait pouvoir porter un atémi du coude au visage de son partenaire.

    Second essai : Mélanie applique mes conseils successifs. Le dernier mouvement résume très bien tout ce que je lui ai demandé.

    Que la paresse soit un des péchés capitaux nous fait douter des six autres. (Robert Sabatier)

    Seme et Tori sont dans la même garde. Quand Seme attaque, Tori ne peut pas esquiver vers l’extérieur, au risque de se faire toucher. Il va donc appliquer une stratégie de Tai no Sen sur une entrée intérieure.
    Quand Seme attaque, Tori entre en portant un atémi à la base du cou de Seme et simultanément en canalisant l’attaque avec sa main extérieure au niveau du poignet de Seme.
    Dans le second temps de O Irimi, il appuie sur la nuque de Seme pour le faire descendre et repousse sa tête vers l’avant en repoussant son bras vers l’arrière.
    La main qui était sur la nuque va se placer sous le poignet de Seme pour envoyer le bras vers l’avant, main à la hanche, l’autre main venant contrôler le coude. Tori avance la jambe intérieure en direction de l’aisselle de Seme en poussant son bras pour le projeter en roulade avant.

     

    La paresse des autres est une menace pour la mienne. (Philippe Lacoue-Labarthe, dit Ylipe)

    L’exercice précédent est à considérer comme un éducatif destiné à sentir le travail du bassin. Nous allons l’affiner en modifiant le déplacement.
    Quand Seme attaque, Tori entre en portant un atémi à la base du cou de Seme et simultanément en canalisant l’attaque avec sa main extérieure au niveau du poignet de Seme.
    Dans le second temps de O Irimi, il appuie sur la nuque de Seme pour le faire descendre et repousse sa tête vers l’avant en repoussant son bras vers l’arrière puis il glisse le pied intérieur sous le bras de Seme pendant que sa main quitte la nuque pour se placer sous le poignet de Seme et il effectue O Irimi.
    La projection peut s’effectuer comme précédemment ou en Tenkan.


    Il faut craindre que l'ambition ne soit la couverture de l'orgueil, mais que la modestie ne soit qu'un prétexte à la paresse. (Henri Monnier)

    Même entrée. Au lieu de passer sous le poignet de Seme, Tori saisit sa main par-dessus. Le déplacement est analogue au précédent puis Tori entre en direction de l’aisselle de Seme en couvrant son bras au niveau du coude. Pression vers le sol, rotation dans l’axe vertical, immobilisation.

    Au 2ème essai, Mélanie canalise convenablement le bras de David qui ne peut plus se relever.

    Non, je ne fais rien…... Il y a comme cela des années où l'on n'est pas en train. (Rivarol)

    Tori entre avec détermination, portant l’atémi à la base du cou et l’autre bras pénétrant dans l’axe sous le coude de Seme. Il ne cherche pas à écarter le bras, l’entrée fait dévier l’attaque de la même façon que le contrôle au niveau du coude sur l’attaque Tsuki Jodan.
    Dans le second temps de O Irimi, , il appuie sur la nuque de Seme pour le faire descendre et repousse sa tête vers l’avant en maintenant l’autre bras dans son axe, ce qui lui permet d’enrouler la main autour du coude de Seme et de l’appliquer fortement au-dessus du nœud de la ceinture. En même temps, il avance le pied intérieur sous le bras de Uke puis effectue O Irimi en appliquent la main libre contre la première. À ce niveau, 2 possibilités.
    - En appuyant une main sur l’épaule de Seme et en poussant vers l’arrière, Seme est conduit à plat ventre.
    - En complétant le O Irimi d’une forte rotation du bassin, Seme est projeté en chute avant.

    Premier essai, Mélanie projette directement en O Irimi, ce n'est pas ce qui est demandé.

    Second essai, elle prend bien appui en avançant le pied intérieur. Toutefois, elle devra entrer le bras intérieur en direction du coude, ce qui a pour effet de repousser le bras de Seme vers l'arrière et de faciliter le contrôle du bras en Kataha Otoshi.


    Tout le monde s'agite pour trouver enfin le repos ; mais il y a des hommes si paresseux qu'ils mettent le but au début. (Rivarol)

    Et voilà, il est déjà 21 h 15 et il faut bien consacrer quelques minutes à l’indispensable Randori qui sera limité à l’application de Kataha Otoshi.
    Une soirée plaisante, finalement, puisque personne ne se montre pressé de rentrer.

     

    Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    7e dan FIAB 2011
    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

    mort-de-rire-copie-1.gif

    Oublie tes peines et pense à aimer

    あなたの悩みを忘れて、愛について考える 

    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

    mort-de-rire

     

     

    « Bourdeny Aïki KobudoUn simple petit porte-bonheur »