• À question stupide...

    À question stupide

    Serait-il possible que je devienne grincheux ? Ou que je radote ? J’ai l’impression d’avoir déjà répondu une foultitude de fois à cette question qui m’agace au plus haut point : « Quelle est la différence entre l’Aïkibudo et l’Aïkido ? ». Je la retrouve régulièrement dans la liste des requêtes sur Gogol.

    Pourquoi pas entre le handball et le rugby ou entre le volley et le basket ?

    À question stupide

    Si on veut parler de différences, il faut d’abord chercher les ressemblances. Et je n’en vois qu’une : la tenue, le Keikogi blanc et le Hakama bleu nuit qui sont par ailleurs utilisés dans de nombreux autres Arts Martiaux.

    Le Keikogi est blanc parce que nous utilisons de préférence un Judogi de bonne qualité, confortable et susceptible de résister longtemps à des entraînements intensifs. S’il est bleu en Kendo, et corollairement pour les Yudansha de Katori Shinto Ryu, c’est parce que l’armure est fâcheusement imprégnée d’une teinture indigo qui déteint fâcheusement sur le Keikogi... et ça résiste au lavage !

    Le Hakama était jadis noir. Nous avons emprunté la couleur bleu nuit utilisée en Kendo parce que nous la trouvions plus jolie. Il me semble me rappeler que les « instances fédérales », du temps de l’UNA, avaient tenté de nous l’interdire... où va se nicher l’esprit bureaucratique ?

    Certains m’objecteront qu’il y a d’autres ressemblances, et pas des moindres : quid de Kote Gaeshi, de Shiho Nage, de... ? Pas de Tenbin Nage, ni de Kataha Otoshi non plus que de Mukae Daoshi et encore moins de Hachi Mawashi ou de Yuki Chigae qui n’existent nulle part ailleurs que dans notre École (et dans l’Aïkido-Jujutsu du Yoseikan dont il est issu, bien sûr) !

    Il serait amusant de recenser les Arts Martiaux qui ont inscrit Kote Gaeshi et Shiho Nage à leur programme et d’observer comment ces techniques sont pratiquées. Au handball comme au football, on marque des buts. Ce n’est toutefois pas vraiment de la même façon !

    Et « Aïki » dans tout ça ? Son utilisation remonterait au XIe siècle alors que nos Arts Martiaux sont on ne peut plus contemporains. Le principe Aïki mettait l’accent sur la non-résistance à l’action ou à la réaction d’un adversaire.

     Selon Kisshomaru Ueshiba, Morihei Ueshiba suggéra à Sokaku Takeda d’ajouter un élément spirituel à Daïto Ryu Jujutsu qui était encore un Bujutsu usuel (visant seulement à la victoire). Takeda accepta sa proposition et ajouta le terme Aïki à Daïto Ryu Jujutsu.. L’Amiral Takeshita écrit dans son journal qu’en décembre 1925, il rencontra Morihei Ueshiba qui était instructeur de Daïto Ryu Jujutsu. Il fut très impressionné par l'habileté de Ueshiba à leur première rencontre et continua à apprendre son Art Martial. Après plus de deux ans de pratique, il fonda un cercle de soutien appelé Aioi Kai, et l'École prit le nom de Aioi Ryu Aïki Jujutsu le 17 Février 1928.

    ...
    Il dit encore dans son journal du 14 Juin 1929 : « Après le déjeuner, je me suis promené autour d’Akabane et de Mita. Vers 17 heures nous avons eu un Konwa Kai, un rassemblement pour une discussion amicale, au dojo de Takahashi. Il y avait environ 20 participants. À partir de ce jour, nous avons décidé et déclaré que le nom de notre art martial serait Aiki Bujutsu »... Le changement de « Aïki Jujutsu » en « Aïki Bujutsu » peut sembler de peu d'importance, mais l'utilisation du mot « Bujutsu » renforce son indépendance vis-à-vis du Daïto Ryu Jujutsu parce Bujutsu est reconnu comme un concept de rang supérieur à Jujutsu.

    (in Le processus de formation de l'Aïkido et l’Amiral de la marine impériale japonaise Isamu Takeshita : Grâce à l'analyse du journal de Takeshita de 1925 à 1931 - Fumiaki Shishida - Université Waseda, Tokyo, Japon )

    À question stupide

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Mochizuki Minoru Sensei nous a raconté, dans une lettre adressée à Alain Floquet en octobre 1993, comment est né le nom Aïkido.

     « Lorsque je fus de retour de l’étranger après la guerre, le Daïto Ryu Aïkijujutsu était nommé Aïkibudo.

    À l’annonce de l’interdiction des Arts Martiaux (Budo) commandée par Mac Arthur, on a changé de nom avec facilité, sans hésitation, en disant : « Alors, il n’y a qu’à effacer le caractère « Bu » (de « Budo »). » Cela s’est déroulé tellement simplement que nous - une dizaine de personnes s’y trouvaient - avons ri aux éclats.

    Par conséquent, nous n’avions pas autant d’idée ni de philosophie sur le nom que le Judo. Le changement de nom vient seulement de l’intuition. En revanche, les Judokas n’étaient pas persuadés de cet effet et ils nous ont demandé en faisant les raisonneurs : « Qu’est-ce que c’est que l’Aïkido ? ».

    Notre Maître n’était pas du tout intéressé par une telle idée ni un tel esprit. De plus nous lui avons défendu de changer encore de nom après cet événement. »

    À question stupideMinoru Mochizuki fut initié très tôt aux Arts Martiaux (*), il pratiqua le Kendo et le Judo à l’école primaire. À 17 ans, il étudia le Gyokushin Ryu Jujutsu qui enseignait, entre autres techniques, les Sutemi. Plus tard, dans le cadre de son association Kobudo Kenkyukaï, Jigoro Kano l’envoya étudier le Kobudo de Katori Shinto Ryu puis le Daïto Ryu Aïki Jujutsu auprès de Morihei Ueshiba qui ne l’accepta pas comme élève mais directement comme assistant. Le Maître démontrait une technique puis il disait : « Mochizuki va vous expliquer ! ».

    Au bout d’un an, Minoru Mochizuki reçut le Menkyo Kaïden de Daïto Ryu Aïki Jujutsu, ce qui lui donnait l’autorisation d’enseigner cet Art. Pour des raisons de santé, il se retira à Shizuoka où il ouvrit son premier Dojo du Yoseikan.

    Après la guerre, son Dojo fut reconstruit et il enseigna son Art qu’il avait nommé le Jujutsu du Yoseikan, probablement très imprégné du Gyokushin Ryu Jujutsu. Morihei Ueshiba lui remit le 8e dan de l’Aïkido nouvellement créé et lui demanda de renommer son Art Aïkido. Il le nomma en fait Aïkido-Jujutsu du Yoseikan et c’est sous ce nom qu’il l’enseigna lors de son premier voyage en France en 1951.

    Quand le groupe d’André Nocquet et celui de Hiroo Mochizuki et Alain Floquet furent intégrés à la fédération de Judo, cet Art prit le nom d’Aïkido Mochizuki pour se différencier de l’Aïkido Ueshiba du groupe Nocquet... et ce fut le commencement de la confusion.

    Et ceci n’est pas une autre histoire !

    À question stupide

    Dans le Dojo du Yoseikan, à Shizuoka, on pouvait voir les diplômes de Menkyo Kaiden de Daïto Ryu Jujutsu et de 8e dan d’Aïkido mais Mochizuki Minoru Sensei précisait bien qu’il n’avait jamais pratiqué ces 2 arts.

    En 1973, quand l’UNA imposa une méthode unique d’Aïkido, Hiroo Mochizuki précisa bien qu’il ne pratiquait pas l’Aïkido mais l’Art de son père, l’Aïkido-Jujutsu du Yoseikan.

    En 1982, Mochizuki Minoru Sensei dit à Alain Floquet : « L’art que tu pratiques n’est pas l’Aïkido ! - Je le sais, Sensei, je pratique votre Art, l’Aïkido-Jujutsu. ». Comme cet Art avait beaucoup évolué, d’abord avec les apports d’Hiroo Mochizuki puis avec la propre expérience martiale d’Alain Floquet, le Sensei lui dit : « Il faut que tu changes le nom. »

    Alain Floquet dit alors qu’il y pensait depuis quelques années et qu’à présent, il savait que celui qui correspondait le mieux à son Art et à sa sensibilité était « Aïkibudo ». Le Sensei et tous les Maîtres présents approuvèrent ce choix.

    Au fait, quelle était la question, déjà ? Ah, oui : « Quelle est la différence entre l’Aïkibudo et l’Aïkido ? »

    J’ai une autre question, tout aussi intéressante ; « Quelle est la différence entre un canard ? »...

    À question stupide

    « Vous vous gaussez, Sensei André ? - P’têt’ ben, petit bousier, p’têt’ ben... ».

     

    Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    6e dan 2F3A 1991

    7e dan FIAB 2011

    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

    mort-de-rire-copie-1.gif

    Oublie tes peines et pense à aimer

    あなたの悩みを忘れて、愛について考える 

    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

    mort-de-rire

     À question stupide

    (*) Relire La genèse de l’Aïkibudo par Maître Alain Floquet et Nos racines

     

     

    « Bilan du cours du 24 septembre 2014La Voie des Arts Martiaux »