• À propos du passage de grades du 18 juin 2017

     

    Lors des passages de grades, nous devons naviguer avec subtilité pour préserver l’esprit de notre École tout en respectant la réglementation propre à une structure fédérale. Alors, rêvons un peu… même si ces rêveries m'ont déjà activé quelques neurones il y a plus de 10 ans et m'avaient fait accuser de dérive sectaire.

    À propos du passage de grades du 18 juin 2017

    Une École est caractérisée par un Maître. Le Maître n'est pas celui qui légifère, c'est celui qui est reconnu en tant que tel et qui guide ses disciples sur la Voie de l’Art enseigné dans l'École.
    Un Directeur Technique National, c'est objectif, il dispose de titres et de pouvoirs définis par la loi et les règlements de la Fédération habilitée. Un Maître, c'est totalement subjectif, il est investi, par ceux qui le reconnaissent comme tel, de pouvoirs qu'il est tenu d'assumer et c'est ce fait qui va guider ses disciples au cours de leur évolution. Le Maître exprime dans l'École les valeurs et les caractères particuliers de l'Art qu'il a créé. Il ne peut pas tout voir, tout connaître sur le territoire de son École et il doit donc déléguer ses responsabilités.
    Les Délégués Techniques sont les intermédiaires entre les pratiquants et le Directeur technique National. Chaque Délégué Technique se doit de connaître l'ensemble des pratiquants de son territoire. Dûment mandaté, le Délégué Technique Régional, en tant que représentant du Maître, a pour charge essentielle d’élever le niveau des pratiquants et de repérer ceux qui ont atteint la maturité technique et morale les désignant au grade supérieur. Il demande aux professeurs de présenter les élèves qu'il a remarqués aux examens pour le 1er et le 2ème dan, dont il est responsable dans sa région. Il prépane ceux qui sont prêts à assumer le grade de 3ème ou 4ème dan et les initie au rôle de cadre régional. Il les recommande au Maître et, avec son accord, les convoque à l'examen. La reconnaissance des compétences requises pour les grades de haut niveau est du ressort du Maître.

    À propos du passage de grades du 18 juin 2017

    Si toutes ces conditions étaient remplies, un examen deviendrait ce qu'il devrait être : l’épreuve initiatique qui permet l'accès à une sphère d'action supérieure. Les candidats sont connus, ils ne viennent pas tenter leur chance car ils sont convoqués. Il n'y a pas de piège, ni pour eux, ni pour le jury. L'épreuve peut alors se dérouler dans sa plénitude. Le jury doit faire acte de pédagogie et n'a pas pour vocation de sanctionner mais d’aider le candidat à montrer qu’il est digne de tenir le rang correspondant au grade qu'il est appelé à recevoir, de lui permettre de sublimer le stress que chacun éprouve dans une situation de jugement et de donner tout ce qu'il a à donner... car ce doit être une véritable épreuve, morale et physique.

    À propos du passage de grades du 18 juin 2017

    C’est ici que je fais intervenir la notion de pouvoir, que chacun possède en fonction de sa place dans la hiérarchie, c’est dans ce sens que je parlerai de dominant, pair ou dominé. Il est difficile, voire impossible de reproduire à l’identique les techniques que le maître propose au cours de ses stages. Tout simplement parce qu’il se crée une situation de dominant et de dominés. Les partenaires qu’il choisit le respectent en tant que maître, supérieur à eux-mêmes, et le craignent car ils redoutent de recevoir un coup ou d’être malmenés si leur réaction n’est pas conforme à celle qu’il attend. En tant que Maître, il démontre une technique parfaite.
    Quand c’est à leur tour d’exécuter la technique, les stagiaires se retrouvent face à un égal, donc il peut y avoir rivalité, blocage et conflit psychologique. À cela s’ajoutant le stress provoqué par la sensation d’être observé, donc jugé, ils offrent un spectacle navrant à l’œil critique du Maître.
    De retour dans leur club ou dans leur région, face à leurs élèves, ils sont à leur tour en position de dominant et, la plupart du temps, effectuent convenablement le geste, comme le maître aurait aimé le voir.
    Heureusement que l'Aïkibudo est un merveilleux moyen de se libérer car nous avons tous encore un bon bout de chemin à parcourir.

    À propos du passage de grades du 18 juin 2017

    En ce qui me concerne, vénérable Kodansha riche de bientôt 5 décennies de port de la ceinture noire, je me demande si j'aurai le temps d'y parvenir dans le délai des quelques années qui me restent à marcher sur cette bonne vieille planète ?
    Où voulais-je donc en venir ? Tout simplement à demander qui peut se permettre de juger ? Dans ce type d’épreuve, l’humilité est de rigueur, de part et d’autre. Sortons de la dichotomie dominants / dominés. Être membre d’un jury d’examen, c’est être investi d’un terrible pouvoir dont on se trouve dépossédé dès la fin de la session. Pas de quoi pavoiser.

    À propos du passage de grades du 18 juin 2017
    Bien entendu, tout ceci et tout ce qui suit n’engage que moi…
    Une seule règle : dans une École Traditionnelle, on ne se présente pas à un examen, on y est convoqué, par le Délégué Technique Régional pour les 1er et 2ème dan, par la Direction Technique Nationale pour les grades supérieurs. Les candidats sont connus, sont convoqués, ils ne viennent pas tenter leur chance. Il n'y a pas de piège, ni pour eux, ni pour le jury. L'épreuve peut alors se dérouler dans sa plénitude. Si toutes ces conditions sont remplies, un examen devient ce qu'il doit être : l’épreuve initiatique qui permet d'accéder à une sphère d'action supérieure. Un grade plus élevé sous-entend une humilité plus grande et un retour aux sources plus fréquent. Celui qui se donne sincèrement reçoit autant du débutant complet que du technicien avancé.
    Quelle que soit la façon dont le grade a été acquis, avec brio ou avec l’indulgence du jury, il ne s'agit en aucun cas d'une récompense, d'une gratification. On en est dépositaire, donc responsable : ce n'est jamais un honneur mais toujours une charge que l'on doit assumer.
    Bien entendu, ça ne se passe pas comme ça. Nous sommes tenus par des règlementations fédérales qui ne sont pas de notre fait. Les candidats se présentent à l'examen parce qu'ils en ont le droit. C'est une prise de risque... que d'aucuns n'assument pas et voudraient bénéficier à la fois de leurs droits au nom de la fédération et de la solidarité d'une École au nom de l'amitié qui nous unit. Oseraient-ils nous donner des leçons d'éthique ?

    À propos du passage de grades du 18 juin 2017

    Chaque niveau correspond symboliquement à la prise de possession d'une force dont il convient d'apprendre à se servir. Pour posséder une arme, il faut être investi de la force morale suffisante qui permettra de ne jamais l'utiliser à de mauvaises fins. Le sabre, cette merveilleuse œuvre d'art, objet de tant de désir, est une arme redoutable qui peut estropier l'utilisateur maladroit ou porter des blessures définitives dans l'entourage d'un individu mauvais ou stupide.

    À propos du passage de grades du 18 juin 2017

    L'attribution d'un grade est un pari : la foi en la volonté de l'être humain de chercher sans cesse à s'améliorer. Pari réussi : on voit une sublimation s'opérer. Le dépositaire, mû par une force nouvelle, consciente ou non, travaille de sorte qu'il en devienne digne. Pari raté, grade remis à une personne indigne, le processus inverse s'opère : vanité, rengorgement, mépris envers le professeur, refus de pratiquer les techniques "inférieures" ou "anciennes", détérioration du style, aigreur, marginalisation, abandon... Des mythes décrivent la destruction d'un individu qui a cherché à observer un domaine que ses yeux étaient indignes de voir.
    Ainsi avons-nous perdu des pratiquants, qu'ils soient titulaires du 1er dan ou de grades plus élevés. Vaincus par leurs certitudes, confondant le Hakama et la personne qui le revêt, ils ont fini par succomber à la confrontation à leurs propres manques. Chacun d’entre nous est menacé, un jour ou l’autre, d’atteindre son propre niveau d’incompétence…
    Tout est contenu dans le programme du 1er dan : garde, équilibre, verticalité, placement de la force dans le bassin, sensations, déplacements, entrée esquive canalisation... La richesse des connaissances techniques permet à chaque niveau de vérifier sa capacité d’adaptation, l’esprit d’opportunité face à une infinie variété de situations-problèmes.
    J'ai déjà comparé le parcours d’un Aïkibudoka au cursus scolaire de tout un chacun dans les méandres de l’Éducation Nationale.

    À propos du passage de grades du 18 juin 2017

    Ayant eu ce dimanche 18 juin la lourde responsabilité de présider le jury chargé de juger les candidats au 4e dan, je vais consacrer mes réflexions à l'intention de nos amis qui ont été candidats à ce grade.
    À quoi correspondrait le 4ème dan dans un cursus scolaire et universitaire ? C’est la maîtrise. Le titulaire devient dans sa région un modèle à suivre, il doit éclairer la voie pour les plus jeunes. Il va faire ses premiers pas sur le chemin abrupt qui mène aux responsabilités nationales. Quelle responsabilité, quelle charge ! Et que de travail, car tout reste à faire, à prouver.
    Les nouveaux lauréats ont-ils cette flamme intérieure qui permet d’éclairer le chemin des jeunes générations ? Ont-ils cette légèreté, cette fluidité qui donne envie de les prendre comme modèles, de les suivre ? Ont-ils ce dévouement, cette abnégation qui les fera renoncer à la plupart des plaisirs de la vie ordinaire pour consacrer l’essentiel de leur temps libre à la transmission de leur passion ? Sont-ils satisfaits de leur prestation ? Sont-ils revenus de l’examen avec le sentiment qu’ils n’ont pas gagné mais mérité, justifié leur promotion ? Ce grade correspond-il à un besoin de l’École ou à la satisfaction de leur ego ?
    Le temps le dira.

    À propos du passage de grades du 18 juin 2017

    Je me suis contenté de leur expliquer que ce grade qui venait de leur être accordé ne révélait certainement pas leur niveau réel mais leur ouvrait une porte qui les autorisait à fouler un long, très long chemin qui, au cours des années, les mènerait peut-être au niveau de ce grade élevé.
    Il ne s'agit pas de s'écrier : « J'ai été admis au 4e dan, je suis grand, je suis beau, je suis fort...», ce ne serait pas tenir compte des réflexions des membres du jury, de leurs hésitations, de leur pari : « Sont-ils prêts à supporter cette charge sans se laisser éblouir, sauront-ils travailler avec encore plus d'ardeur, encore plus d'opiniâtreté pour comprendre et appliquer les leçons de notre Sensei ou vont-ils retomber dans leurs routine et aggraver leurs nombreux points faibles, s'enferrer inexorablement dans leurs erreurs ? ».
    Qui suis-je pour juger ? À la rigueur je me sens habilité à évaluer... mais juger ? J'ai face à moi des amis qui semblent définitivement stressés. « Te rends-tu compte de la façon dont tu leur parles ? », me demande Thierry ? Je croyais les mettre à l'aise en distillant quelques plaisanteries légères mais ce n'est apparemment pas le cas. Je souhaite simplement qu'ils prennent plaisir à nous démontrer ce qu'ils savent faire et qu'ils nous fassent le plaisir de nous présenter de belles démonstrations.
    Mais ils resteront stressés jusqu'à l'annonce des résultats qui les libère, qui leur fait retrouver le sourire et nous distribuer qui des poignées de mains, qui des bises et tous des remerciements pour ce qui a été finalement un bon moment.

    À propos du passage de grades du 18 juin 2017

    Et il me reste les conseils à leur donner : travailler et encore travailler pour maîtriser les gardes, l'équilibre, la verticalité, le placement de la force dans le bassin, les sensations, les déplacements, l'entrée esquive canalisation... On pratique un Randori esquive canalisation puis un Randori technique : il n'y a pas de différence, à une attaque correspond une entrée esquive canalisation qui s'enchaîne dans le mouvement à l'issue duquel naît la technique. Sans garde, il n'y a pas d'entrée, Uke porte l'attaque et frappe Tori ! Tori n'attend pas que Uke se décide à attaquer, il entre ! Il entre ! S'il attend, s'il tarde à réagir, Uke doit le frapper dans le dos. S'il est faible, imprécis, Uke doit appliquer le Kaeshi Waza en se rappelant que ce n'est pas un contre, comme je l'ai entendu dire, mais une entrée dans le mouvement de l'adversaire pour le détourner et le renverser... C'est le sens de Kaesu (返す) : rendre.
    Tout ça, je vous le dis régulièrement, à chaque cours, dans chaque compte-rendu. Pardonnez-moi de me répéter.

     

    Histoire d'un Hakama qui fut blanc 

    7e dan FIAB 2011

    2e dan FKSR 1986

    A.照り絵 / 七段 教士 

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    Oublie tes peines et pense à aimer

    あなたの悩みを忘れて、愛について考える 

    Anata no nayami o wasurete, ai ni tsuite kangaeru

    mort-de-rire

     

     

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